Vous avez dit participation ? (2)

2 – L’épineuse question de la représentativité
Dans l’absolu, la participation vise à associer à la décision publique l’ensemble des citoyens, autrement dit, dans une acception large, la “société civile”. Ceux-ci peuvent être de simples individus, habitants, usagers, salariés, commerçants ou organisés…

Si tous sont, par principe, évidemment légitimes à prendre part au processus initié par l’élu, le premier piège, c’est la représentativité des participants et donc la capacité d’assurer la fonction centrale de la démocratie qui selon la définition de Robert Dahl est de “donner à tout citoyen une chance égale d’influencer le gouvernement et la décision”. Et là, les choses se compliquent singulièrement car les risques de dérives sont multiples.

Risque de surreprésentation d’un groupe social par rapport aux autres. Étant entendu que la sociologie montre que les dispositifs participatifs renforcent paradoxalement les inégalités d’accès liés à la démocratie représentative en donnant l’avantage aux individus les plus dotés en capital politique et social et en marginalisant davantage encore les groupes les plus éloignés des institutions représentatives. Ainsi, si certains dispositifs accompagnés d’une volonté politique forte renforcent la représentation de populations marginalisées d’autres contribuent au contraire à accentuer les inégalités politiques.

Risque également de captation de la capacité d’expression par tel ou tel individu ou groupe, dont certains sont toujours prompts à s’ériger en groupes de pression.
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Risque enfin en termes de délimitation de l’espace de participation qui aujourd’hui, au vu des évolutions institutionnelles peut être largement déconnecté de l’espace des problèmes et de la décision. Ainsi par exemple, avec la montée en puissance de l’intercommunalité, les enjeux et les négociations se situent de plus en plus à cette échelle, alors que c’est à une autre, plus réduite (commune, quartier…) que s’appliquent les dispositifs, objets du processus participatif.

Y’a t-il des réponses pour se prémunir contre ces écueils ?
Probablement pas, car en la matière, les solutions préfabriquées n’existent pas. À l’exception du tirage au sort qui est le mode de désignation privilégié dans un certain nombre de processus. À défaut de régler la question de la juste ou équitable représentativité, il tranche celle de l’impartialité dans le choix des participants.

Ces questions, sans réponse, continuent d’alimenter la controverse autour de la démocratie participative. Si pour les uns, “elle contribue à renforcer le rôle des citoyens, constituant une sorte de quatrième pouvoir”, pour d’autres elle n’est “qu’un moyen de dissimuler voire de renforcer un système oligarchique” ou encore “un moyen de conserver un système représentatif en crise”. Ainsi, selon l’analyse Loïc Blondiaux, la démocratie participative, serait une “démocratie apprivoisée ou concédée” permettant aux élus de canaliser les protestations potentielles issues de la société civile. Elle s’apparenterait donc à une technique de gouvernement, à “un jeu de dupes volontaires, dans lequel la possibilité reste ouverte pour chacun de poursuivre son intérêt, sans que l’autre perde la face”[2].

Au-delà de ces considérations, sur fond d’une profonde crise de la représentation politique pour être pleinement représentative, la démocratie ne doit-elle pas être délibérative et participative ? Loïc Blondiaux le justifie : “la démocratie participative propose une nouvelle approche de la décision publique et de l’exercice du pouvoir en démocratie. Elle commande que chaque décision importante fasse l’objet d’une discussion préalable avec ceux qu’elle affecte. Le pouvoir reste in fine entre les mains des représentants élus, mais ceux-ci ont l’obligation de rendre des comptes sur les choix qu’ils accomplissent. Il leur est parfaitement loisible de ne pas suivre l’avis des l’avis des citoyens consultés, encore faut-il qu’ils justifient leur choix. Ils doivent motiver leur décision.”

Risque enfin en termes de délimitation de l’espace de participation qui aujourd’hui, au vu des évolutions institutionnelles peut être largement déconnecté de l’espace des problèmes et de la décision. Ainsi par exemple, avec la montée en puissance de l’intercommunalité, les enjeux et les négociations se situent de plus en plus à cette échelle, alors que c’est à une autre, plus réduite (commune, quartier…) que s’appliquent les dispositifs, objets du processus participatif.

[1] Cité par Loïc Blondiaux, chercheur en sciences politiques.
[2] Loïc Blondiaux in Le nouvel esprit de la démocratie, 2008

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