Présidentielle : la bataille du net n’a pas eu lieu !

La page tournée, voici donc venu le moment de quelques regards sur la période qui a été clôturée dimanche soir…
Avant et pendant cette séquence électorale, il s’est beaucoup dit qu’internet aurait un impact décisif sur cette élection. Ce média devant s’imposer après les balbutiements numériques connus lors de la précédente campagne de 2007. Les candidats, eux-mêmes, avaient d’ailleurs peaufiné leurs stratégies digitales, certains mobilisant des budgets conséquents sur cette technologie.
Or, à l’évidence, la bataille électorale ne s’est pas jouée sur internet. Fin avril, seuls 40 % des Français déclaraient se servir de ce média pour s’informer, 74 % d’entre eux privilégiant encore la télévision. Un constat appuyé par les statistiques de fréquentation mensuelle des sites des différents candidats qui auront connu, somme toute, des audiences plutôt faibles.

Débat de l’entre deux tours : les ressorts de la dramaturgie !

Quelques réflexions au lendemain de ce débat qui comme cela était prévisible, n’aura pas fait bouger la moindre ligne, ni permis que l’on proclame un vainqueur aux points…

Parfois très technique et reconnaissons-le, un peu ennuyeux, en particulier lors de la séquence économique qui ne fut pas très limpide en raison des avalanches de chiffres assénés et invérifiables dans l’instant. Pas toujours audible non plus, en raison des télescopages des propos, non maîtrisés par des présentateurs, simples comptables du temps et insipides passeurs de paroles, qui n’auront pas fait honneur à la noble et utile profession de journaliste. Ce débat aura donc sutout laissé sur sa faim le citoyen qui aura constaté que nombre sujets de la plus grande importance n’ont pas, hélas, été abordé !

Après le choc des photos, le poids des mots…

Dernière ligne droite. Ils ne sont plus que deux à se livrer la bataille… des petites phrases.
Parmi toutes celles entendues depuis le 22 avril, une expression dans la bouche de François Hollande interpelle : “le candidat sortant”.
La première fois que je l’ai entendue, j’ai pensé à un lapsus. Puis je l’ai à nouveau entendue et ré-entendue depuis et en particulier explicitée et innombrablement scandée lors du meeting de Bercy, dimanche dernier 29 avril, au point de considérer qu’elle était bel et bien  une figure de rhétorique employée sciemment.
Littéralement, l’expression est impropre. Car selon la définition est “candidat“ celui ou celle qui postule à une charge, une fonction, un emploi, un examen… Un candidat ne peut donc être “sortant” avant le verdict de l’échéance !
Curieusement et sauf erreur de ma part, je n’ai entendu aucun commentateur relever cet usage…
Impropre, l’expression n’est pour autant pas dénuée de sens. Et c’est bien pour cela que le “candidat entrant” l’utilise régulièrement. Probablement pour imprimer dans nos inconscients cet aphorisme suggérant que son adversaire, “président sortant” est bientôt “candidat sorti” !

Oui, les mots ont un poids…

Mercredi 2 mai : le grand soir ?

En ce mercredi 2 mai, à travers le débat qui opposera les deux prétendants à la présidence de la République, nous vivrons donc un grand soir… Comme tout grand soir, il sera éphémère !
Et en “cathodiques pratiquants”, sûr que nous serons très nombreux – plus de vingt millions ? – à regarder cet exercice incontournable ou figure imposée de la vie démocratique française qui est aussi une véritable catharsis télévisuelle…
Connaîtrons-nous alors un grand soir ?
Il est très peu probable que ce débat change la donne en quoi que ce soit, même si beaucoup en sont encore largement convaincus. Cette conviction s’appuie sur un mythe né des fameux débats du second tour des présidentielles de 1974 et 1981, lorsqu’on a attribué à deux formules choc de Valéry Giscard d’Estaing (1) puis, sept ans plus tard, de François Mitterrand (2) un très léger basculement de voix ayant pu contribuer à changer le résultat final. Hypothèse cependant jamais sérieusement établie qu’on ne peut toutefois balayer compte tenu de l’étroitesse des fourchettes.

La candeur…

Eva Joly est la seule candidate qui a proposé une déclinaison de plusieurs affiches. Sans doute pour exposer ses lunettes rouges puis vertes sur la fin de la campagne, laissant passer le regard de la magistrate au-dessus dans une attitude coutumière. Au-delà de cette coquetterie, ses yeux nous regardent franchement et profondément et elle se montrent dans des attitudes et expressions qui évoquent le monde de l’enfance : la pureté et une candeur certaine.

L’affiche joue tout en nuances sur des références qui suggèrent tantôt l’univers de Mary Popins, tantôt celui d’un célèbre opticien et suscitent empathie. Saisi par cette belle candeur, on en oublie complétement l’inflexible magistrate qu’elle a été.

Une lumière crue éclaire son visage pour mieux souligner une blonde fraîcheur à peine entamée par ses rides parfaitement assumées. Sans doute des références à la lumière et au naturel, deux des vertus cardinales de l’écologie qu’elle promet dans un “vrai changement”, expression bizarrement empruntée à la phraséologie des partis traditionnels…

P.S. : Que Nicolas Dupont-Aignant, Philippe Poutou, Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade m’excusent de n’avoir pas pris la peine de décortiquer leurs affiches respectives.

Fin de la séquence

Version grand écran ou…

François Bayrou a choisi de la jouer sur le mode photo de cinéma ou pub pour un produit de beauté masculin…
Son visage éclairé d’une belle lumière occupe plus des trois quarts de la surface de l’affiche, révélant le moindre détail de ses traits. Les yeux plissés et taquins soulignent les rides, très sympas, qui les entourent juste comme il faut pour témoigner de la maturité et de l’expérience qui siéent à l’exercice de se porter candidat à la plus haute charge de la République. Le sourire généreux est franc, comme si la photo était prise sur le vif. Cela crée un indéniable sentiment de proximité. Comme s’il était au milieu de nous.
Et pour mieux souligner l’austérité des temps présents et les difficultés qui sont devant nous, cravate et veste sont noires. Le slogan manuscrit à la tonalité très volontaire achève de donner cette touche humaine.

Codes éternels !

L’affiche s’équilibre entre la photo et le message ouvertement constitué du nom de la formation politique et surtout du slogan particulièrement injonctif, l’ensemble reléguant le nom de Jean-Luc Mélenchon au second plan. Peut être parce que sa photo très présente et expressive suffit à l’identification du candidat qui bénéficie d’une bonne notoriété.
Jean-Luc Mélenchon exprime une attitude déterminée et jette un regard déterminé vers la gauche. Regard qui se situe légèrement au dessus de notre ligne de vision. Le rouge, omniprésent, contribue à donner toute sa force à l’affiche. C’est simple et puissant !
Subrepticement, cette puissance évoque quelque chose de déjà vu, peut-être inscrit dans notre inconscient… En cherchant un peu, on retrouve quelques références qui indiquent donc qu’on a franchi les époques avec une belle constance. A près d’un siècle d’intervalle, les deux affiches sont construites sur le même mode. Seuls les codes graphiques ont évolué pour s’adapter aux temps modernes… Saisissant non ?

Le diable est rentré dans sa boîte !

Conformément à sa stratégie politique, Marine Le Pen revisite en profondeur les codes graphiques auxquels le Front National nous a habitué jusqu’alors.
L’affiche révèle une candidate ultra photogénique qui n’a rien à voir avec le diable, rentré dans sa boîte (?), ou un quelconque autoritarisme. Le regard doux, avec juste ce qu’il faut de maternel est rehaussé par un sympathique petit sourire, un tantinet coquin, conférant une impression générale de douceur et de tendresse, d’attention portée à l’autre, suscitant complicité et même connivence certaine. Bien sûr, le pull est bleu… Marine !
Les convictions s’expriment avec puissance dans un slogan omniprésent, très simple mais qui dit tout… et surtout rien qui puisse heurter quiconque.

Mer calme !

Ne nous regardant pas, Nicolas Sarkozy se tourne vers l’avenir et indique le cap. Serein, il esquisse un sourire pincé et confiant, sa posture indiquant qu’il a pris de la hauteur par rapport à la ligne d’horizon qu’il domine largement. Pas le moindre signe de la légendaire hyperactivité !
Discrète mais bien visible quand même, la rosette de Grand Maître de l’Ordre de la Légion d’Honneur rappelle la stature de l’homme d’Etat. Il pose devant une très paisible mer d’huile qui aura fait jaser, certains ayant évoqué la mer Egée… en Grèce. Sans doute évoque-t-elle le calme après la tempête. Le soleil éclaire en douceur l’horizon. Mais se lève-t-il ou se couche-t-il ? Réponse le 6 mai prochain !
Aucune référence à une quelconque appartenance politique qui est toutefois fortement suggérée par la tonalité bleue qui domine l’affiche, sans doute en référence aux couleurs de l’UMP. La notoriété est telle qu’il est inutile de rappeler que le patronyme est très discrètement rappelé en bas de l’affiche.
Le slogan très sobre, emprunté à Giscard (élection présidentielle de 1981) se dessine en lettres capitales dans une typographie aux lignes épurées et moderne.
Tout est paisible, clair et invite à poursuivre le cap en confirmant le commandant à la barre…

En 2012… Rien de bien nouveau !

Est-ce un signe des temps ?
En matière d’affiche, la séquence électorale qui vient de s’achever aura donc été d’un très grand classicisme. Qu’on en juge, par ordre d’entrée – ou de sortie – des principaux candidats…

François Hollande nous a livré une affiche plutôt froide. Dans une attitude grave, presque austère et une pose très institutionnelle, raide et statique, son regard fixe, un peu figé même, sur l’objectif est très peu expressif.
Le cadrage est très serré. Le décor de fond estompé, livre un paysage très banal de campagne (Corrézienne ?) qui ne sert à rien sauf à faire ressortir par constraste le grand sérieux du candidat. Le slogan enserré entre deux traits épais est décliné en lettres capitales, code graphique peu usité aujourd’hui. Dans une surprenante hiérarchisation du texte, l’accent est mis sur le mot “maintenant”, plutôt que sur celui de « changement” !
“je suis carré, je suis sérieux”, tel est le message que l’ensemble exprime.
Si la solennité est au rendez-vous, la volonté de changement ne se traduit pas dans la composition de l’affiche. Bref, des codes de communication qui, d’évidence, cherchent à rassurer.
La force tranquille sans la proclamer ouvertement ?