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Journal ou magazine territorial : incontournable, mais…

En ce début de mandat, bien des équipes élues entendent revisiter la communication de leur collectivité et notamment faire évoluer le journal ou le magazine.
Sans doute une opportunité pour mieux inscrire ce support dans le dispositif global de communication en améliorant la dimension multicanal.
Dans cet article, je vous propose quelques réflexions et repères pour accompagner cette démarche.
Bonne lecture et… bonne presse !

Oser la participation citoyenne !

La participation est une demande citoyenne qui a été exprimée dans les récentes séquences sociales, notamment celle des “gilets jaunes”. Interpellant alors les élus locaux et laissant démunis beaucoup d’entre eux malgré leur bonne volonté, sincèrement affichée.

La question de la démocratie participative, revendication citoyenne, a aussi largement dominé le débat électoral des dernières élections municipales. Toutes tendances confondues, les équipes en lice se sont généralement positionnées et très souvent engagées à porter cette problématique sur la mandature 2020-2026.

Le sujet émerge aussi des résultats de ces élections municipales 2020, fortement impactées par une abstention record (± 60 %) qui a, de facto, fragilisé la légitimité des équipes municipales, généralement élues par moins de 25 % du corps électoral.

Abstention d’une ampleur jamais atteinte dont le Coronavirus est bien loin d’être la seule cause. Atteignant des sommets chez les moins de 35 ans et dans les quartiers populaires, elle a confirmé l’amplification du décrochage citoyen et la profondeur de l’affaiblissement de la démocratie.

Constat largement partagé qui a installé la démocratie participative comme le défi de ce mandat pour remédier à l’essoufflement de la démocratie représentative. Hélène de Comarmond, maire de Cachan (31 000 habitants – Val de Marne) explicite[1] l’enjeu : “comme maires, nous avons ainsi un rôle décisif dans la reconstruction de nos démocraties. Nous sommes en première ligne pour accompagner le cheminement de l’intérêt général et la capacité de chacun à y contribuer”.

Ainsi, lors de l’installation des conseils municipaux on a vu fleurir dans les organigrammes des exécutifs, des délégations dédiées sous une étonnante diversité d’appellations… Cette fois, nul doute, on allait basculer définitivement dans “le monde d’après” !

Quelques mois plus tard, alors que la mandature est sur ses rails, rien de bien tangible n’est perceptible, même de façon embryonnaire ! Il est vrai que les équipes municipales ont été principalement mobilisées par la gestion de la crise sanitaire et des ravages sociaux qu’elle produit. L’intention qui s’est sans doute quelque peu perdue dans les torpeurs de l’été, semble surtout s’être dissoute sous la pression de l’urgence. Réalité qui ne doit toutefois pas occulter la difficulté qu’ont les élus à donner corps à cet engagement de mandature.

Comme s’ils étaient dans l’embarras face à une question qu’ils savent incontournable dans le contexte de défiance mais dont ils ont du mal à se saisir. Parfois désillusionnés par quelques expériences passées, peu probantes. Parfois déstabilisés par une demande multiforme et pas toujours saisissable. Parfois désarçonnés par la difficulté à tirer les fils permettant de dérouler cette problématique. Parfois aussi, admettons-le, tentés par le renoncement, l’élection étant acquise…

Quoi qu’il en soit, il est plus que temps de faire bouger les lignes !

Choisir le bon angle
La démocratie participative est un chemin et comme sur tout chemin, les écueils ne manquent pas !
Le premier serait de considérer que la démocratie participative est une alternative susceptible de remédier à la crise de la démocratie représentative ou qu’elle posséderait l’immense vertu, un peu magique, de pouvoir mettre tout le monde d’accord.

Le second écueil, très répandu, est d’aborder la participation citoyenne sous le seul angle de sa forme et de ses modalités plutôt que celui du fond, de l’objet et de ses contenus. À cet égard[2], le propos de Frédéric Gilly éclaire ce qu’il advient des dispositifs de participation conçus comme de simples exercices de style plus ou moins habilement orchestrés par les communicants, dont je suis… Ils savent parfaitement séduire et convaincre les élus en exhibant de leurs belles boîtes à outils 2.0, plateformes numériques, paperboard, feutres, post-it et gommettes multicolores, dont le maniement par les participants fera à coup sûr, jaillir vérité et consensus.
Cette conception ne conduit jamais nulle part. Créant de la désillusion et de la frustration, elle affaisse la démocratie participative et nourrit la crise de la démocratie représentative.

Certes, mais alors quel est le “bon” chemin ?
C’est celui qui permet d’écouter les citoyens. Celui qui leur permet de parler à leurs élus mais aussi de parler entre eux. C’est un chemin qui remet les habitants au cœur de l’espace commun et leur permet de se saisir d’un sujet politique qui n’est plus dans la société d’aujourd’hui, l’apanage des seuls élus.

Ce chemin dessine quatre défis :
Celui des publics participants. Il est incontournable d’aller chercher les citoyens qui ne viennent jamais. Cela demande en amont un conséquent travail de terrain. Il est aussi indispensable de ne pas laisser les citoyens engagés (militants, associatifs, corps plus ou moins constitués…) préempter l’objet de la participation, ce qui est tentation constante.

Celui de la clarté. S’il faut inscrire la démarche participative dans une vision stratégique de l’avenir du territoire, il faut aussi en définir l’objet et le périmètre. Énoncer clairement d’entrée de jeu, ce qui est soumis au débat, ce qui est négociable ou qui ne l’est pas. Tout comme par souci de clarté mais aussi d’efficacité, il faut admettre que tout sujet ne représentant pas un enjeu majeur, n’est pas à soumettre à la participation citoyenne. Ce qui peut justifier l’élaboration d’une charte de la participation soumise au conseil municipal.

Celui de la posture des élus, techniciens et experts. Ils doivent absolument se mettre en position d’écoute, s’abstenir d’affirmer ce qu’il convient de faire et comment il faut le faire pour avoir en préalable réfléchi et travaillé l’objet soumis à la participation. À bien des égards, ce n’est pas facile ! Ne serait-ce parce que, naturellement et spontanément, les habitants participants vont par leurs questionnements contribuer à réduire ou fermer l’espace du débat ouvert sur le mode : “mais qu’est-ce vous avez l’intention de faire ?” ou “que répondez-vous à cela ?”. Si la réponse apportée à une question précise peut satisfaire ou rassurer la personne qui l’a posée, elle freine ou entrave la mise en mouvement des autres participants en réduisant le débat à une succession de tête à tête qui l’appauvrit. Cette question de la posture renvoyant aussi à l’évolution de la fonction de l’élu de plus en plus investi d’une mission d’animation du territoire l’obligeant absolument à sortir de la tour d’ivoire.

Celui du temps. Facteur crucial qui est souvent antinomique avec la préoccupation légitime de l’élu ou du technicien qui a en tête le calendrier des procédures légales à respecter, le planning opérationnel des réalisations à conduire avant la fin du mandat et toutes les contraintes administratives, financières qu’il faut maîtriser, sous peine de dérapage…

Pourtant, la participation n’opère efficacement que sur un temps long qu’on doit donc lui accorder sur une durée variable en fonction de l’objet. Ce qui soulève une difficulté tant on sait qu’il n’est pas aisé, mais pas insurmontable si l’on en prend les moyens, de maintenir la mobilisation citoyenne dans la durée.

Créer les conditions d’un dialogue public, c’est faire le choix de vivifier une démocratie locale en berne. Dans un temps ou le “jupiterisme” ne marche plus, lutter contre la défiance et le désengagement civique suppose donc de concevoir les démarches à partir des habitants et de leur propre expérience de la citoyenneté.

C’est aussi s’engager dans cette voie en admettant qu’une démocratie vivante n’est pas celle qui met tout le monde d’accord mais celle qui a créé du lien et les conditions pour que chacun puisse dire son mot en ayant la certitude que ce mot a été utile au choix final.

C’est enfin pour les élus qui n’abdiquent rien de leur légitime pouvoir de décision, être convaincu que construire leurs positions à partir de démarches démocratiques, c’est mieux pour leur ville, mieux pour les habitants, mieux aussi pour le crédit du point de vue qu’ils portent auprès des collectivités partenaires et des acteurs socio-économiques.

Autant de bonnes raisons de prendre les rênes… de la démocratie participative.

[1] https://metropolitiques.eu/Les-maires-au-defi-de-l-exigence-democratique.h

[2] https://metropolitiques.eu/Participation-et-si-on-changeait-enfin-les- regles-du-jeu.html.

Sur les typologies de la participation voir et ce mémo

 

Droit d’expression des minorités et communication digitale de la collectivité…

A l’aube de ce mandat 2020-2026, on m’interroge sur cette question sensible qui, avec la montée en puissance de la communication digitale, devient complexe. Je vous propose donc une grille de compréhension de cette question.

Le principe général
L’article L. 2121-27-1 du CGCT dispose que, “dans les communes de plus 3 500 habitants, les EPCI, les départements et les régions, les élus n’appartenant pas à la majorité disposent d’un droit d’expression sur les supports de communication qui constituent des bulletins d’information générale”.

Ce principe général a été confirmé par plusieurs jugements de tribunaux administratifs (tribunal administratif de Montreuil – 2015 ; tribunal administratif de Dijon – 2016 ; tribunal administratif de Melun – 2017) indiquant en substance que “toute mise à disposition du public de messages d’information portant sur les réalisations et la gestion du conseil municipal doit être regardée, quelle que soit la forme qu’elle revêt, comme la diffusion d’un bulletin d’information générale. A ce titre, un espace doit y être réservé à l’expression des conseillers n’appartenant pas à la majorité municipale”.

Mais le juge administratif qui s’attache également au contenu de de l’information diffusée sur le site ou la page officielle de la ville, nuance son propos que l’on peut résumer ainsi : “s’il est constaté que le site ou la page Facebook ne se borne pas à délivrer des informations pratiques aux habitants de la commune et retrace l’action de la majorité municipale, ces supports doivent être regardés comme un bulletin d’information générale et donc ouverts à l’expression des élus n’appartenant pas la majorité”.

Jurisprudence quelque un peu ambiguë compte tenu des nuances d’appréciation du juge et surtout d’application pratique peu facile ! D’où deux préconisations que je fais systématiquement :
• sur le site de la ville, ouvrir systématiquement un espace réservé à l’expression du ou des élus n’appartenant pas à la majorité municipale.
• bien cadrer le positionnement éditorial de la page Facebook de la ville en la cantonnant exclusivement à la diffusion d’informations pratiques. Dans ce cas, il n’est pas nécessaire d’instituer un espace d’expression dédié aux élus n’appartenant pas à la majorité municipale. Ce qui, en termes de communication me parait cohérent avec le fait que les réseaux sociaux n’ont pas à porter de messages institutionnels. Ce qui renvoie à l’impératif d’organiser une communication multicanal (cf. post précédent) et d’organiser l’éditorialisation des contenus sur les différents canaux digitaux, ce qui est autre un vaste sujet.

A noter que le juge administratif considère (bizarrement !) “qu’un compte Twitter, lequel constitue un outil de microblogage personnalisé, limité en nombre de caractères et fonctionnant en temps réel, ne peut pas être regardé comme constituant un bulletin d’information générale”.

Allez comprendre…D’autant  que le tribunal administratif de Grenoble a jugé (28 novembre 2019) que le droit d’expression des minorités s’appliquait également “à la chaîne youtube de la collectivité”.

Sachant enfin que quels que soient les principes mis en œuvre par la collectivité, il doivent absolument être actés dans son règlement intérieur. Celui-ci devant être adopté dans les six mois suivant l’élection.

Communication multicanal : kesako ?

Mon précédent post a suscité des questions de lecteursnme demandant d’expliciter ce qu’est la communication multicanal. Voici donc un éclairage rapide sur ce sujet central.
Le digital a chamboulé de fond en comble les codes de la communication classique et a engendré une croissance exponentielle des volumes d’informations en circulation. La communication est devenue pluri supports et le récepteur (usager ou client) manifeste de plus en plus d’exigence en termes de contenu et d’accessibilité. Il est dans l’attente d’une information personnalisée répondant à ses attentes ou ses habitudes et à laquelle il souhaite accéder par son canal préféré. Du côté de l’émetteur, il faut intégrer que chaque canal à sa spécificité, ses propres codes de communication, sa tonalité propre. Il ne sert donc à rien – et il est même contreperformant – de répliquer à l’identique le message d’un canal à l’autre.
En matière de communication multicanal, il ne s’agit surtout pas de juxtaposer les canaux mais bien d’organiser leur complémentarité. La règle est simple : “qui dit diversification des canaux, dit diversification des contenus”.
Si le principe est simple, sa mise en œuvre est plus ardue. Mais l’enjeu en vaut vraiment la chandelle !

Communiquer par gros temps, dans le confinement…

La force et l’ampleur de la crise sanitaire que nous traversons ont globalement montré, à quelques notoires exceptions près, que les collectivités territoriales étaient mal outillées et bien mal préparées à communiquer en situation exceptionnelle. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet lorsque nous serons sortis du “dur” !

Ce que je souhaite souligner dans le moment où nous nous trouvons, c’est l’importance de la communication locale qui n’a rien – et moins que jamais – une fonction supplétive. Bien sûr, la parole est à l’action sanitaire qui impose de relayer des ordres venus d’en haut, non susceptibles de la moindre contestation, mais pas seulement.

Il y a bien sûr nécessité de communiquer sur les dispositions locales. Mais surtout, il y a cette incontournable obligation d’expliquer, d’accompagner, de débusquer les infox qui ne manquent pas dans ce temps ou les citoyens sont aussi des émetteurs compulsifs, ce qui suppose de donner sans cesse des repères dans cette avalanche continue d’informations venues de toute part. Enfin, il est fondamental d’aider et de contribuer à la mise en lien des habitants de nos communes. Car, oui, dans cette crise improbable, nous sommes en train de vérifier que la communication publique a toute son utilité pour préserver le lien social et lutter contre l’isolement.

Dans ce contexte, il n’y a bien sûr aucune place pour le bavardage, les paroles superflues, les circonvolutions. Pour être audible, la parole doit être simple. Plus que jamais les messages doivent être terriblement travaillés et finement ciselés. Il faut savoir lutter contre le bruit ambiant qui dans le silence de nos villes et villages résonne fort. Il faut aussi maîtriser la rareté de la parole dont il ne faut surtout pas hésiter à user, tant l’on mesure dans la crise que la non-communication est en soi, un acte de communication.

Alors, dans ces temps troublés, fréquemment on se réfère à De Gaulle ou Churchill qui, en d’autres temps, ont fait la preuve de leur maîtrise de la communication dans le tempo, le ton et les formules. Comme on scrute du côté des militaires dont on sait qu’ils sont de bons communicants. Moins sur le registre de l’autoritarisme que par leurs capacités à mobiliser efficacement les bons outils, au bon moment et au bon endroit. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas tout à fait fortuit si militaires et communicants ont un vocabulaire en commun : cibles, stratégie, campagnes…

Reste que les collectivités qui ne s’étaient pas encore attelées à la mutation de leur communication en intégrant la palette des outils digitaux dans une architecture multicanal sont aujourd’hui à la peine.

Oui cette crise agit comme un révélateur sur l’absolue nécessité d’inventer une nouvelle relation à l’usager et au territoire. Un challenge de plus…

Municipales 2020 : bien laborieuses !

Nous voici à un mois de l’échéance. Et pour accompagner de près ou de loin nombre d’équipes, je fais 4 constats.
Premier constat, elles semblent très loin de passionner les citoyens qui semblent les considérer avec autant d’intérêt que les vaches regardent passer les trains.
Deuxième constat, rarement élections municipales ne se sont déroulées dans un tel contexte d’émiettement et de profusion de l’offre politique. C’est la conséquence de la décomposition politique. Corolaire, aucune liste, aucune, ne se prévaut d’une étiquette politique. En 2020, toutes les listes sont “citoyennes” ! Concept qui ne veut pas dire grand chose en soi…
Troisième constat, les listes peinent, à quelques rares et notables expressions près, à formuler une vision et un projet cohérent. Ah, c’est sûr, l’ombre ou les stigmates des “gilets jaunes” planant, on a jamais fait autant que dans l’incantation du “participatif” égrainé à toutes les sauces…
Quatrième constat, les listes en lice peinent sérieusement à appréhender le maelstrom qui a sévi au cours du mandat qui s’achève et qui aura profondément redistribué les cartes… Aussi je leur recommande de lire la très intéressante étude publiée récemment sous l’égide de la Fondation Jean Jaurès qui, c’est son titre, invite à s’interroger sur la question: “à quoi servent les élus locaux après les “gilets jaunes”.
J’en conclus donc que notre démocratie est bien mal en point et que rien n’est moins sûr que quel que soit le champ de l’échiquier politique, ces élections amèneront ce renouveau qui semble pourtant indispensable.
Oui, c’est inquiétant et… déprimant !
Ce qui ne m’empêche pas de souhaiter bonne chance à tous les candidats en les incitant plus que jamais à sortir des sentiers battus…

Droit d’expression de la minorité : les lignes bougent !

Dans un jugement du 28 novembre 2019, le tribunal administratif de Grenoble a sanctionné le président du Conseil départemental de l’Isère pour non-respect des droits d’expression de la minorité.
Il l’a également enjoint de mettre à disposition des différents groupes constituant l’opposition, des espaces d’expression dédiés sur le site, la page Facebook et la chaine YouTube de la collectivité.
A ma connaissance, c’est la première fois qu’il est statué sur le cas d’une chaine YouTube d’une collectivité. Le droit d’expression des minorités sur les sites et les pages Facebook des collectivités ayant déjà fait l’objet de décision du juge administratif.
Cette décision sur laquelle le Département ne formera pas d’appel, fera sans doute jurisprudence. Ce qui va donc nécessiter la révision des règlements intérieurs des collectivités. Tâche incontestablement ardue vu la difficulté à fixer des règles claires et facilement applicables.
Je reviendrai sur cette question en présentant une analyse détaillée de cette décision lorsque j’aurais pu prendre connaissance du jugement dans son intégralité.

NB : (01.04.2020) Ce jugement n’ayant pas fait, sauf erreur de ma part, l’objet d’une publication sur le site du tribunal administratif de Grenoble, je n’ai pu y revenir comme je l’indiquais au moment de la parution de ce post.

D’un automne “gilets jaunes” au printemps des municipales de 2020…

Mon propos n’est pas d’analyser les causes et ressorts du mouvement des “gilets jaunes”, très hétérogène dans ses expressions et revendications. Mais plutôt d’esquisser quelques pistes de réflexions autour du malaise démocratique et de le mettre en perspective avec les prochaines élections municipales de mars 2020 sur lesquelles il pèsera à coup sûr.

Quoi qu’on en pense, on admettra que ce mouvement s’est joué sur fond de révolte populiste, se nourrissant du rejet des inégalités que produit un système social mais aussi de celui des élites et des politiques qu’elles mettent en œuvre, vécues comme déconnectées des réalités “d’en bas”.

Dans ce contexte, les ronds-points sont aussi devenus une agora où s’est nettement faite entendre une aspiration à davantage de démocratie et même exprimée, dans toutes ses ambiguïtés, la revendication d’une démocratie directe.

Mais là, rien de vraiment nouveau car cette insatisfaction profonde vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie s’était déjà fortement exprimée dans les élections de 2017, présidentielle et législatives, concrétisée par l’abstention et le “dégagisme” que l’on a alors constaté.

18 mois plus tard, la revendication s’est faite plus forte. Sans doute parce qu’au-delà des discours, aucun signe de changement ne s’est encore concrétisé dans l’exercice des pratiques démocratiques. Mais aussi parce que le Président de la République a fait le choix d’une gouvernance politique fondée sur une verticalité absolue. Ce qui aura eu pour effet, néfaste me semble-t-il, de court-circuiter les corps intermédiaires. Lesquels ont, en démocratie, une fonction essentielle de médiation, notamment.

Choix de la verticalité d’autant plus inopérant qu’il n’est absolument plus en phase avec les réalités d’une société de plus en plus caractérisée par un fonctionnement dans l’horizontalité absolue compte tenu notamment de la place prépondérante des réseaux sociaux dans la communication, pour le meilleur et le pire. On vient de mesurer leur rôle et leur impact dans le mouvement des gilets jaunes.

A 15 mois des municipales de 2020, il semblerait bien hasardeux de ne pas tenir compte de ces considérations et de les balayer au motif qu’elles n’auraient visé que le pouvoir d’Etat. Cela pour au moins deux raisons.

D’abord parce que ces revendications sont nées et se sont exprimées sur les territoires et qu’une partie d’entre elles englobent les pouvoirs locaux qui détiennent une part des réponses en termes d’offres de services publics de proximité mais aussi de lutte contre les inégalités.

Ensuite parce que l’on ne doit pas ignorer que le degré de confiance dans les institutions locales et les élus locaux, dont le conseil municipal et le maire, s’est considérablement dégradé ces dernières années. Mesuré chaque année depuis 2009 par le CEVIPOF, le baromètre de la confiance politique traduit une très nette et soudaine détérioration :

Le niveau de confiance dans l’institution “conseil municipal” qui atteignait 66 % en 2009 s’établit à 53 % en 2017, en recul de 11 points par rapport à 2016. 

Le niveau de confiance dans la fonction de maire décroche de 9 points entre les années 2016 et 2017 pour s’établir à 55 % contre 64 % un an plus tôt.

Paramètres factuels qui interpellent tant ils montrent que la crise de la démocratie a aussi des racines locales. On peut donc raisonnablement envisager que les questions relatives à la démocratie et à la gouvernance locales seront au cœur des prochaines élections municipales. Qu’ainsi, les candidats seraient bien avisés de ne pas se satisfaire de mesures cosmétiques ou gadgets dont les programmes de mandature regorgent traditionnellement !  

Central, l’enjeu de la revitalisation démocratique appelle donc une réécriture complète du logiciel de la gouvernance locale. Ce qui nécessite temps, investissement et méthode rigoureuse.

De ce point de vue, même si on n’en connait pas encore les thématiques et les modalités, même si l’on peut douter sur son issue, l’ouverture prochaine du débat national annoncé par le Président de la République est une chance que les élus locaux doivent absolument saisir. 

A eux donc de s’y impliquer avec volontarisme en sachant y puiser tous les ingrédients utiles pour régénérer la démocratie locale qui en a grand besoin…

Beau challenge !                  

Les français et la vie politique : la défiance toujours en marche !

Le CEVIPOF et ses partenaires ont livré aujourd’hui la 9ème vague du baromètre de la confiance dans la vie politique. Etude annuelle toujours intéressante notamment parce qu’elle s’inscrit dans la durée.
Elle montre que cette confiance reste très largement plombée malgré les inflexions du printemps dernier ! Le journal “les Echos” qui la présente en exclusivité titre : “un léger effet Macron dans un océan de défiance”.
A noter que cette défiance atteint maintenant les institutions locales.
Du jamais vu, jusqu’à ce jour, la cote de confiance du maire dégringolant de 9 points en un an. Passant de 66 % à 55 %.
J’y reviendrai lorsque j’aurai pu lire et étudier l’intégralité de cette étude qui n’a pas encore été publiée.
En attendant, deux courtes interviews intéressantes de Bruno Cautrès et Luc Perrineau donnent la tendance :

NB : L’étude a été mise en ligne ce matin, 30 janvier sous ce lien

C’est l’heure de la pause !

vacancesAvec un plan de charge bien dense sur cette fin de cycle, je n’ai guère eu l’occasion de venir bavarder ici ces dernières semaines !
Parmi les sujets que j’aurais souhaité aborder, la vision portée par Jean-Paul Delevoye sur le basculement de notre monde dans une nouvelle économie qui induit des changements en profondeur, tous azimuts. Il l’a excellemment traité dans une conférence à Saint-Marcellin, le 22 juin dernier, que je vous invite à visionner (à partir de la dixième minute environ).

Vous souhaitant de belles et bonnes vacances, je vous donne rendez-vous aux alentours de la mi-août.
Bel été à vous.