Archives de catégorie : C’est d’actualité

Communication multicanal : kesako ?

Mon précédent post a suscité des questions de lecteursnme demandant d’expliciter ce qu’est la communication multicanal. Voici donc un éclairage rapide sur ce sujet central.
Le digital a chamboulé de fond en comble les codes de la communication classique et a engendré une croissance exponentielle des volumes d’informations en circulation. La communication est devenue pluri supports et le récepteur (usager ou client) manifeste de plus en plus d’exigence en termes de contenu et d’accessibilité. Il est dans l’attente d’une information personnalisée répondant à ses attentes ou ses habitudes et à laquelle il souhaite accéder par son canal préféré. Du côté de l’émetteur, il faut intégrer que chaque canal à sa spécificité, ses propres codes de communication, sa tonalité propre. Il ne sert donc à rien – et il est même contreperformant – de répliquer à l’identique le message d’un canal à l’autre.
En matière de communication multicanal, il ne s’agit surtout pas de juxtaposer les canaux mais bien d’organiser leur complémentarité. La règle est simple : “qui dit diversification des canaux, dit diversification des contenus”.
Si le principe est simple, sa mise en œuvre est plus ardue. Mais l’enjeu en vaut vraiment la chandelle !

Communiquer par gros temps, dans le confinement…

La force et l’ampleur de la crise sanitaire que nous traversons ont globalement montré, à quelques notoires exceptions près, que les collectivités territoriales étaient mal outillées et bien mal préparées à communiquer en situation exceptionnelle. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet lorsque nous serons sortis du “dur” !

Ce que je souhaite souligner dans le moment où nous nous trouvons, c’est l’importance de la communication locale qui n’a rien – et moins que jamais – une fonction supplétive. Bien sûr, la parole est à l’action sanitaire qui impose de relayer des ordres venus d’en haut, non susceptibles de la moindre contestation, mais pas seulement.

Il y a bien sûr nécessité de communiquer sur les dispositions locales. Mais surtout, il y a cette incontournable obligation d’expliquer, d’accompagner, de débusquer les infox qui ne manquent pas dans ce temps ou les citoyens sont aussi des émetteurs compulsifs, ce qui suppose de donner sans cesse des repères dans cette avalanche continue d’informations venues de toute part. Enfin, il est fondamental d’aider et de contribuer à la mise en lien des habitants de nos communes. Car, oui, dans cette crise improbable, nous sommes en train de vérifier que la communication publique a toute son utilité pour préserver le lien social et lutter contre l’isolement.

Dans ce contexte, il n’y a bien sûr aucune place pour le bavardage, les paroles superflues, les circonvolutions. Pour être audible, la parole doit être simple. Plus que jamais les messages doivent être terriblement travaillés et finement ciselés. Il faut savoir lutter contre le bruit ambiant qui dans le silence de nos villes et villages résonne fort. Il faut aussi maîtriser la rareté de la parole dont il ne faut surtout pas hésiter à user, tant l’on mesure dans la crise que la non-communication est en soi, un acte de communication.

Alors, dans ces temps troublés, fréquemment on se réfère à De Gaulle ou Churchill qui, en d’autres temps, ont fait la preuve de leur maîtrise de la communication dans le tempo, le ton et les formules. Comme on scrute du côté des militaires dont on sait qu’ils sont de bons communicants. Moins sur le registre de l’autoritarisme que par leurs capacités à mobiliser efficacement les bons outils, au bon moment et au bon endroit. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas tout à fait fortuit si militaires et communicants ont un vocabulaire en commun : cibles, stratégie, campagnes…

Reste que les collectivités qui ne s’étaient pas encore attelées à la mutation de leur communication en intégrant la palette des outils digitaux dans une architecture multicanal sont aujourd’hui à la peine.

Oui cette crise agit comme un révélateur sur l’absolue nécessité d’inventer une nouvelle relation à l’usager et au territoire. Un challenge de plus…

Municipales 2020 : bien laborieuses !

Nous voici à un mois de l’échéance. Et pour accompagner de près ou de loin nombre d’équipes, je fais 4 constats.
Premier constat, elles semblent très loin de passionner les citoyens qui semblent les considérer avec autant d’intérêt que les vaches regardent passer les trains.
Deuxième constat, rarement élections municipales ne se sont déroulées dans un tel contexte d’émiettement et de profusion de l’offre politique. C’est la conséquence de la décomposition politique. Corolaire, aucune liste, aucune, ne se prévaut d’une étiquette politique. En 2020, toutes les listes sont “citoyennes” ! Concept qui ne veut pas dire grand chose en soi…
Troisième constat, les listes peinent, à quelques rares et notables expressions près, à formuler une vision et un projet cohérent. Ah, c’est sûr, l’ombre ou les stigmates des “gilets jaunes” planant, on a jamais fait autant que dans l’incantation du “participatif” égrainé à toutes les sauces…
Quatrième constat, les listes en lice peinent sérieusement à appréhender le maelstrom qui a sévi au cours du mandat qui s’achève et qui aura profondément redistribué les cartes… Aussi je leur recommande de lire la très intéressante étude publiée récemment sous l’égide de la Fondation Jean Jaurès qui, c’est son titre, invite à s’interroger sur la question: “à quoi servent les élus locaux après les “gilets jaunes”.
J’en conclus donc que notre démocratie est bien mal en point et que rien n’est moins sûr que quel que soit le champ de l’échiquier politique, ces élections amèneront ce renouveau qui semble pourtant indispensable.
Oui, c’est inquiétant et… déprimant !
Ce qui ne m’empêche pas de souhaiter bonne chance à tous les candidats en les incitant plus que jamais à sortir des sentiers battus…

Droit d’expression de la minorité : les lignes bougent !

Dans un jugement du 28 novembre 2019, le tribunal administratif de Grenoble a sanctionné le président du Conseil départemental de l’Isère pour non-respect des droits d’expression de la minorité.
Il l’a également enjoint de mettre à disposition des différents groupes constituant l’opposition, des espaces d’expression dédiés sur le site, la page Facebook et la chaine YouTube de la collectivité.
A ma connaissance, c’est la première fois qu’il est statué sur le cas d’une chaine YouTube d’une collectivité. Le droit d’expression des minorités sur les sites et les pages Facebook des collectivités ayant déjà fait l’objet de décision du juge administratif.
Cette décision sur laquelle le Département ne formera pas d’appel, fera sans doute jurisprudence. Ce qui va donc nécessiter la révision des règlements intérieurs des collectivités. Tâche incontestablement ardue vu la difficulté à fixer des règles claires et facilement applicables.
Je reviendrai sur cette question en présentant une analyse détaillée de cette décision lorsque j’aurais pu prendre connaissance du jugement dans son intégralité.

NB : (01.04.2020) Ce jugement n’ayant pas fait, sauf erreur de ma part, l’objet d’une publication sur le site du tribunal administratif de Grenoble, je n’ai pu y revenir comme je l’indiquais au moment de la parution de ce post.

D’un automne “gilets jaunes” au printemps des municipales de 2020…

Mon propos n’est pas d’analyser les causes et ressorts du mouvement des “gilets jaunes”, très hétérogène dans ses expressions et revendications. Mais plutôt d’esquisser quelques pistes de réflexions autour du malaise démocratique et de le mettre en perspective avec les prochaines élections municipales de mars 2020 sur lesquelles il pèsera à coup sûr.

Quoi qu’on en pense, on admettra que ce mouvement s’est joué sur fond de révolte populiste, se nourrissant du rejet des inégalités que produit un système social mais aussi de celui des élites et des politiques qu’elles mettent en œuvre, vécues comme déconnectées des réalités “d’en bas”.

Dans ce contexte, les ronds-points sont aussi devenus une agora où s’est nettement faite entendre une aspiration à davantage de démocratie et même exprimée, dans toutes ses ambiguïtés, la revendication d’une démocratie directe.

Mais là, rien de vraiment nouveau car cette insatisfaction profonde vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie s’était déjà fortement exprimée dans les élections de 2017, présidentielle et législatives, concrétisée par l’abstention et le “dégagisme” que l’on a alors constaté.

18 mois plus tard, la revendication s’est faite plus forte. Sans doute parce qu’au-delà des discours, aucun signe de changement ne s’est encore concrétisé dans l’exercice des pratiques démocratiques. Mais aussi parce que le Président de la République a fait le choix d’une gouvernance politique fondée sur une verticalité absolue. Ce qui aura eu pour effet, néfaste me semble-t-il, de court-circuiter les corps intermédiaires. Lesquels ont, en démocratie, une fonction essentielle de médiation, notamment.

Choix de la verticalité d’autant plus inopérant qu’il n’est absolument plus en phase avec les réalités d’une société de plus en plus caractérisée par un fonctionnement dans l’horizontalité absolue compte tenu notamment de la place prépondérante des réseaux sociaux dans la communication, pour le meilleur et le pire. On vient de mesurer leur rôle et leur impact dans le mouvement des gilets jaunes.

A 15 mois des municipales de 2020, il semblerait bien hasardeux de ne pas tenir compte de ces considérations et de les balayer au motif qu’elles n’auraient visé que le pouvoir d’Etat. Cela pour au moins deux raisons.

D’abord parce que ces revendications sont nées et se sont exprimées sur les territoires et qu’une partie d’entre elles englobent les pouvoirs locaux qui détiennent une part des réponses en termes d’offres de services publics de proximité mais aussi de lutte contre les inégalités.

Ensuite parce que l’on ne doit pas ignorer que le degré de confiance dans les institutions locales et les élus locaux, dont le conseil municipal et le maire, s’est considérablement dégradé ces dernières années. Mesuré chaque année depuis 2009 par le CEVIPOF, le baromètre de la confiance politique traduit une très nette et soudaine détérioration :

Le niveau de confiance dans l’institution “conseil municipal” qui atteignait 66 % en 2009 s’établit à 53 % en 2017, en recul de 11 points par rapport à 2016. 

Le niveau de confiance dans la fonction de maire décroche de 9 points entre les années 2016 et 2017 pour s’établir à 55 % contre 64 % un an plus tôt.

Paramètres factuels qui interpellent tant ils montrent que la crise de la démocratie a aussi des racines locales. On peut donc raisonnablement envisager que les questions relatives à la démocratie et à la gouvernance locales seront au cœur des prochaines élections municipales. Qu’ainsi, les candidats seraient bien avisés de ne pas se satisfaire de mesures cosmétiques ou gadgets dont les programmes de mandature regorgent traditionnellement !  

Central, l’enjeu de la revitalisation démocratique appelle donc une réécriture complète du logiciel de la gouvernance locale. Ce qui nécessite temps, investissement et méthode rigoureuse.

De ce point de vue, même si on n’en connait pas encore les thématiques et les modalités, même si l’on peut douter sur son issue, l’ouverture prochaine du débat national annoncé par le Président de la République est une chance que les élus locaux doivent absolument saisir. 

A eux donc de s’y impliquer avec volontarisme en sachant y puiser tous les ingrédients utiles pour régénérer la démocratie locale qui en a grand besoin…

Beau challenge !                  

Les français et la vie politique : la défiance toujours en marche !

Le CEVIPOF et ses partenaires ont livré aujourd’hui la 9ème vague du baromètre de la confiance dans la vie politique. Etude annuelle toujours intéressante notamment parce qu’elle s’inscrit dans la durée.
Elle montre que cette confiance reste très largement plombée malgré les inflexions du printemps dernier ! Le journal “les Echos” qui la présente en exclusivité titre : “un léger effet Macron dans un océan de défiance”.
A noter que cette défiance atteint maintenant les institutions locales.
Du jamais vu, jusqu’à ce jour, la cote de confiance du maire dégringolant de 9 points en un an. Passant de 66 % à 55 %.
J’y reviendrai lorsque j’aurai pu lire et étudier l’intégralité de cette étude qui n’a pas encore été publiée.
En attendant, deux courtes interviews intéressantes de Bruno Cautrès et Luc Perrineau donnent la tendance :

NB : L’étude a été mise en ligne ce matin, 30 janvier sous ce lien

C’est l’heure de la pause !

vacancesAvec un plan de charge bien dense sur cette fin de cycle, je n’ai guère eu l’occasion de venir bavarder ici ces dernières semaines !
Parmi les sujets que j’aurais souhaité aborder, la vision portée par Jean-Paul Delevoye sur le basculement de notre monde dans une nouvelle économie qui induit des changements en profondeur, tous azimuts. Il l’a excellemment traité dans une conférence à Saint-Marcellin, le 22 juin dernier, que je vous invite à visionner (à partir de la dixième minute environ).

Vous souhaitant de belles et bonnes vacances, je vous donne rendez-vous aux alentours de la mi-août.
Bel été à vous.