Thème : C’est d’actualité

D’un automne “gilets jaunes” au printemps des municipales de 2020…

Mon propos n’est pas d’analyser les causes et ressorts du mouvement des “gilets jaunes”, très hétérogène dans ses expressions et revendications. Mais plutôt d’esquisser quelques pistes de réflexions autour du malaise démocratique et de le mettre en perspective avec les prochaines élections municipales de mars 2020 sur lesquelles il pèsera à coup sûr.

Quoi qu’on en pense, on admettra que ce mouvement s’est joué sur fond de révolte populiste, se nourrissant du rejet des inégalités que produit un système social mais aussi de celui des élites et des politiques qu’elles mettent en œuvre, vécues comme déconnectées des réalités “d’en bas”.

Dans ce contexte, les ronds-points sont aussi devenus une agora où s’est nettement faite entendre une aspiration à davantage de démocratie et même exprimée, dans toutes ses ambiguïtés, la revendication d’une démocratie directe.

Mais là, rien de vraiment nouveau car cette insatisfaction profonde vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie s’était déjà fortement exprimée dans les élections de 2017, présidentielle et législatives, concrétisée par l’abstention et le “dégagisme” que l’on a alors constaté.

18 mois plus tard, la revendication s’est faite plus forte. Sans doute parce qu’au-delà des discours, aucun signe de changement ne s’est encore concrétisé dans l’exercice des pratiques démocratiques. Mais aussi parce que le Président de la République a fait le choix d’une gouvernance politique fondée sur une verticalité absolue. Ce qui aura eu pour effet, néfaste me semble-t-il, de court-circuiter les corps intermédiaires. Lesquels ont, en démocratie, une fonction essentielle de médiation, notamment.

Choix de la verticalité d’autant plus inopérant qu’il n’est absolument plus en phase avec les réalités d’une société de plus en plus caractérisée par un fonctionnement dans l’horizontalité absolue compte tenu notamment de la place prépondérante des réseaux sociaux dans la communication, pour le meilleur et le pire. On vient de mesurer leur rôle et leur impact dans le mouvement des gilets jaunes.

A 15 mois des municipales de 2020, il semblerait bien hasardeux de ne pas tenir compte de ces considérations et de les balayer au motif qu’elles n’auraient visé que le pouvoir d’Etat. Cela pour au moins deux raisons.

D’abord parce que ces revendications sont nées et se sont exprimées sur les territoires et qu’une partie d’entre elles englobent les pouvoirs locaux qui détiennent une part des réponses en termes d’offres de services publics de proximité mais aussi de lutte contre les inégalités.

Ensuite parce que l’on ne doit pas ignorer que le degré de confiance dans les institutions locales et les élus locaux, dont le conseil municipal et le maire, s’est considérablement dégradé ces dernières années. Mesuré chaque année depuis 2009 par le CEVIPOF, le baromètre de la confiance politique traduit une très nette et soudaine détérioration :

Le niveau de confiance dans l’institution “conseil municipal” qui atteignait 66 % en 2009 s’établit à 53 % en 2017, en recul de 11 points par rapport à 2016. 

Le niveau de confiance dans la fonction de maire décroche de 9 points entre les années 2016 et 2017 pour s’établir à 55 % contre 64 % un an plus tôt.

Paramètres factuels qui interpellent tant ils montrent que la crise de la démocratie a aussi des racines locales. On peut donc raisonnablement envisager que les questions relatives à la démocratie et à la gouvernance locales seront au cœur des prochaines élections municipales. Qu’ainsi, les candidats seraient bien avisés de ne pas se satisfaire de mesures cosmétiques ou gadgets dont les programmes de mandature regorgent traditionnellement !  

Central, l’enjeu de la revitalisation démocratique appelle donc une réécriture complète du logiciel de la gouvernance locale. Ce qui nécessite temps, investissement et méthode rigoureuse.

De ce point de vue, même si on n’en connait pas encore les thématiques et les modalités, même si l’on peut douter sur son issue, l’ouverture prochaine du débat national annoncé par le Président de la République est une chance que les élus locaux doivent absolument saisir. 

A eux donc de s’y impliquer avec volontarisme en sachant y puiser tous les ingrédients utiles pour régénérer la démocratie locale qui en a grand besoin…

Beau challenge !                  

Les français et la vie politique : la défiance toujours en marche !

Le CEVIPOF et ses partenaires ont livré aujourd’hui la 9ème vague du baromètre de la confiance dans la vie politique. Etude annuelle toujours intéressante notamment parce qu’elle s’inscrit dans la durée.
Elle montre que cette confiance reste très largement plombée malgré les inflexions du printemps dernier ! Le journal “les Echos” qui la présente en exclusivité titre : “un léger effet Macron dans un océan de défiance”.
A noter que cette défiance atteint maintenant les institutions locales.
Du jamais vu, jusqu’à ce jour, la cote de confiance du maire dégringolant de 9 points en un an. Passant de 66 % à 55 %.
J’y reviendrai lorsque j’aurai pu lire et étudier l’intégralité de cette étude qui n’a pas encore été publiée.
En attendant, deux courtes interviews intéressantes de Bruno Cautrès et Luc Perrineau donnent la tendance :

NB : L’étude a été mise en ligne ce matin, 30 janvier sous ce lien

C’est l’heure de la pause !

vacancesAvec un plan de charge bien dense sur cette fin de cycle, je n’ai guère eu l’occasion de venir bavarder ici ces dernières semaines !
Parmi les sujets que j’aurais souhaité aborder, la vision portée par Jean-Paul Delevoye sur le basculement de notre monde dans une nouvelle économie qui induit des changements en profondeur, tous azimuts. Il l’a excellemment traité dans une conférence à Saint-Marcellin, le 22 juin dernier, que je vous invite à visionner (à partir de la dixième minute environ).

Vous souhaitant de belles et bonnes vacances, je vous donne rendez-vous aux alentours de la mi-août.
Bel été à vous.