Archives de l’auteur : Bruno Détrie

Défiances !

Les inquiétudes qui se manifestent et les débats qui ont surgi après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen le 26 septembre dernier, probablement l’accident le plus sérieux depuis l’explosion de l’usine AZF en 2001 à Toulouse, sont tout à fait symptomatiques du niveau de défiance des habitants concernés et plus largement des citoyens envers les élus et les pouvoirs publics.

On ne peut que constater que la parole publique ne passe pas !
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Faut-il craindre la “facebookratie” ?

Il y a quelques jours, la très sérieuse Fondation Jean Jaurès a publié une note d’analyse intitulée “En immersion numérique avec les gilets jaunes”. Très intéressante et peu technique elle décrypte comment, en quelques jours, Facebook est devenu leur QG numérique. Autrement dit, l’analyse propose une plongée inédite au cœur de la Facebookratie qui ne sent pas que… la rose, en soulignant le rôle et les méthodes de la fachosphère dans la propagation des messages ! 

Sa lecture apporte des éléments d’éclairage sur l’outil et ses usages et interpelle sur ses atouts mais aussi sur les menaces qu’il fait peser sur les libertés et la démocratie.

A lire !
Ici

Ecofolio : votre collectivité doit elle payer la contribution ?

La loi relative à la transition énergétique pour une croissance verte a, depuis le 1erjanvier 2017, soumis les collectivités territoriales à la contribution environnementale dîte “écofolio”. Si la règle est très claire, les nombreuses dispositions dérogatoires rendent l’application complexe, comme souvent en France ! Alors qu’en est-il ?

La règle : toute collectivité qui a diffusé plus de 5 tonnes de papier au cours de l’année écoulée à l’obligation de souscrire avant le 28 février de l’année en cours une déclaration auprès de Citéo et de régler, généralement avant fin mars, une contribution environnementale.

Avant de sortir votre balance pour estimer le tonnage de papier diffusé par votre collectivité, ce pourquoi je vous souhaite bon courage, intégrez les exonérations à la règle. Car sont exclus du champ d’application :

  • Les papiers à copier car l’écocontribution a été payée à l’achat de la ramette.
  • Les papiers à en-tête
  • Les documents comptables
  • Les journaux ou magazine éditée par la collectivité
  • Les flyers distribués aux habitants.

En clair, pour une petite ou moyenne collectivité, il ne reste pas grand-chose à prendre donc et il est donc très peu probable que le seuil des 5 tonnes soit atteint.

Donc ne vous prenez pas la tête et détendez-vous !

“une colère qui vient de loin”…

Tel est le titre que le CEVIPOF a donné à la vague 10 du baromètre de la confiance politique qui nous a été livrée ce vendredi 11 janvier 2019.
A travers une centaine de slides, il radiographie et mesure le degré de confiance des français dans la société à partir d’une étude, c’est important de le préciser, réalisée par OpinionWay du 13 au 24 décembre auprès d’un échantillon de 2116 personnes inscrites sur les listes électorales.

Sans surprise ce dixième baromètre livre la photographie d’une France profondément déprimée où règne la méfiance, la morosité et la lassitude qui dominent largement les sentiments positifs comme la sérénité, l’enthousiasme, le bien être ou la confiance. 

Ainsi, ce baromètre établit l’image d’un pays dont l’état d’esprit est largement plombé par le pessimisme. Confirmant au passage que faute de croire à leur destin collectif, les françaises et les français se réfugient dans l’individualisme devenu la norme sociale dominante.
Le degré de confiance se détériorant fortement dès que l’on s’éloigne des sphères de l’intimité personnelle. Comme l’on constate que le fragile optimisme individuel et le fort pessimisme collectif se retrouvent dans le rapport à l’avenir qui n’est plus envisagé avec confiance et capacité à s’y projeter positivement.

Dans ce maelström, le champ politique est à nouveau inévitablement impacté. Si l’intérêt pour la politique demeure, la méfiance et le dégoût dominent largement. Rejet du politique, sentiment d’indifférence des politiques à l’égard du commun des mortels et affirmation de corruption généralisée des acteurs politiques dominent, impactant l’ensemble des institutions de la république et les titulaires des différentes fonctions.

Curieusement, dans cette défiance généralisée, la sphère locale est relativement épargnée. Son image fortement dégradée dans les résultats de la vague 9 (cf. mon précédent post) se redresse timidement. La confiance dans le conseil municipal gagne un point. Celle du maire, qui est le seul élu local à tirer son épingle dans cette défiance généralisée, gagnant 3 points en un an.

Ainsi, les acteurs politiques qui assurent des fonctions de proximité restent globalement considérés comme bienveillants et compétents pour mener leurs missions.

Pour autant, il convient de se garder de tout “cocorico” ostentatoire si l’on se réfère à l’appréciation du fonctionnement global de la démocratie en France dont 70 % des personnes interrogées considèrent qu’elle ne fonctionne “pas très bien ou pas bien du tout”.

Sans négliger qu’une décennie de baromètres de confiance confirme que le rejet de la politique est net. Dans un tel contexte le vote apparait de moins en moins comme un moyen d’exercer une influence sur les décisions politiques.

Autant d’indicateurs à ne pas négliger dans la perspective des prochaines élections municipales où le défi de la confiance sera l’une des principales clés du scrutin !

Pour en savoir plus :
Baromètre confiance 2018 – vague 10
Une décennie de baromètres


D’un automne “gilets jaunes” au printemps des municipales de 2020…

Mon propos n’est pas d’analyser les causes et ressorts du mouvement des “gilets jaunes”, très hétérogène dans ses expressions et revendications. Mais plutôt d’esquisser quelques pistes de réflexions autour du malaise démocratique et de le mettre en perspective avec les prochaines élections municipales de mars 2020 sur lesquelles il pèsera à coup sûr.

Quoi qu’on en pense, on admettra que ce mouvement s’est joué sur fond de révolte populiste, se nourrissant du rejet des inégalités que produit un système social mais aussi de celui des élites et des politiques qu’elles mettent en œuvre, vécues comme déconnectées des réalités “d’en bas”.

Dans ce contexte, les ronds-points sont aussi devenus une agora où s’est nettement faite entendre une aspiration à davantage de démocratie et même exprimée, dans toutes ses ambiguïtés, la revendication d’une démocratie directe.

Mais là, rien de vraiment nouveau car cette insatisfaction profonde vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie s’était déjà fortement exprimée dans les élections de 2017, présidentielle et législatives, concrétisée par l’abstention et le “dégagisme” que l’on a alors constaté.

18 mois plus tard, la revendication s’est faite plus forte. Sans doute parce qu’au-delà des discours, aucun signe de changement ne s’est encore concrétisé dans l’exercice des pratiques démocratiques. Mais aussi parce que le Président de la République a fait le choix d’une gouvernance politique fondée sur une verticalité absolue. Ce qui aura eu pour effet, néfaste me semble-t-il, de court-circuiter les corps intermédiaires. Lesquels ont, en démocratie, une fonction essentielle de médiation, notamment.

Choix de la verticalité d’autant plus inopérant qu’il n’est absolument plus en phase avec les réalités d’une société de plus en plus caractérisée par un fonctionnement dans l’horizontalité absolue compte tenu notamment de la place prépondérante des réseaux sociaux dans la communication, pour le meilleur et le pire. On vient de mesurer leur rôle et leur impact dans le mouvement des gilets jaunes.

A 15 mois des municipales de 2020, il semblerait bien hasardeux de ne pas tenir compte de ces considérations et de les balayer au motif qu’elles n’auraient visé que le pouvoir d’Etat. Cela pour au moins deux raisons.

D’abord parce que ces revendications sont nées et se sont exprimées sur les territoires et qu’une partie d’entre elles englobent les pouvoirs locaux qui détiennent une part des réponses en termes d’offres de services publics de proximité mais aussi de lutte contre les inégalités.

Ensuite parce que l’on ne doit pas ignorer que le degré de confiance dans les institutions locales et les élus locaux, dont le conseil municipal et le maire, s’est considérablement dégradé ces dernières années. Mesuré chaque année depuis 2009 par le CEVIPOF, le baromètre de la confiance politique traduit une très nette et soudaine détérioration :

Le niveau de confiance dans l’institution “conseil municipal” qui atteignait 66 % en 2009 s’établit à 53 % en 2017, en recul de 11 points par rapport à 2016. 

Le niveau de confiance dans la fonction de maire décroche de 9 points entre les années 2016 et 2017 pour s’établir à 55 % contre 64 % un an plus tôt.

Paramètres factuels qui interpellent tant ils montrent que la crise de la démocratie a aussi des racines locales. On peut donc raisonnablement envisager que les questions relatives à la démocratie et à la gouvernance locales seront au cœur des prochaines élections municipales. Qu’ainsi, les candidats seraient bien avisés de ne pas se satisfaire de mesures cosmétiques ou gadgets dont les programmes de mandature regorgent traditionnellement !  

Central, l’enjeu de la revitalisation démocratique appelle donc une réécriture complète du logiciel de la gouvernance locale. Ce qui nécessite temps, investissement et méthode rigoureuse.

De ce point de vue, même si on n’en connait pas encore les thématiques et les modalités, même si l’on peut douter sur son issue, l’ouverture prochaine du débat national annoncé par le Président de la République est une chance que les élus locaux doivent absolument saisir. 

A eux donc de s’y impliquer avec volontarisme en sachant y puiser tous les ingrédients utiles pour régénérer la démocratie locale qui en a grand besoin…

Beau challenge !                  

Démission de Nicolas Hulot : il y aura un avant et un après… Enfin, je l’espère…

Inattendue mais prévisible, dans son moment et sa forme, la démission de Nicolas Hulot n’est pas autre chose qu’un schisme politique comme la société en connait de temps en temps.
Bien au-delà des cénacles, quels qu’ils soient, je pense qu’elle marquera profondément la vie politique. Enfin, je l’espère…
Ne serait-ce que parce que le cadre et le contexte de cette décision auront constitué un moment d’authentique catharsis dans lequel, chose rare, la conviction sincère aura diablement supplanté le calcul politique tout autant que la stratégie de communication forgée, au micron près, par quelque communicants très inspirés !
Il en existe…
Que la sincérité s’impose au cynisme, me parait plutôt une bonne nouvelle.
Pas en termes politiques, ce qui n’est pas mon propos ici. Mais surtout en termes de communication. Car on est jamais aussi performant que lorsqu’on est sincère et porteur de convictions.
Et quoi qu’on pense de sa posture, force est de reconnaître que Nicolas Hulot a su trouver les mots justes pour dire sa sincérité. Son attitude, réfléchie, calme et posée, a incontestablement renforcé la puissance de ses propos.
Nicolas Hulot a dit ce qu’il avait sur le coeur, sans détours et avec un parler vrai rare qui devrait avoir une plus grande place dans les débats politiques.
A méditer…
Démission de Nicolas Hulot : il y aura un avant et un après.
Enfin, je l’espère !
En tout cas : respect !

Affaire d’Etat, affaire d’été ?

Comment qualifier “l’affaire Benalla” qui aura donc abondamment nourri les chroniques de cette seconde quinzaine du mois de juillet ?

Loin de moi, l’idée de proposer une quelconque clé de lecture sur ce point sujet à caution…

Juste envie de souligner une nouvelle fois, l’impact des réseaux sociaux dans la diffusion d’informations étayées d’images captées par des anonymes depuis leur smartphone, diffusées en boucles d’abord sur les réseaux sociaux puis sur les sites de presse et chaînes de télévision dans des formats plus ou moins contextualisés.

A ce stade, la seule conclusion qu’on puisse tirer, c’est que les stratégies de déni, de minimisation, voire de dissimulation, coûtent très, très cher aux instances mises en cause !

Pour le meilleur ou le pire, il faut admettre qu’à l’heure de la prédominance, voire de la toute puissance des réseaux sociaux, du sommet de l’Etat à la plus petite commune, aucun dispositif de communication ne doit faire l’impasse sur cette question qui doit être absolument maîtrisée de bout en bout.

Le monde change…

25 mai : le RGPD entre en vigueur !

Vendredi 25 mai, le règlement général sur la protection des données entre en vigueur.
Il clarifie et renforce les droits des internautes sur l’utilisation de leurs données personnelles.
S’il confirme de nombreuses dispositions déjà en vigueur mais dans les faits, peu ou mal appliquées, il accroit notablement le poids des sanctions qui peuvent être infligées.
L’occasion de faire le point sur vos pratiques.
Pour vous éclairer, je soumets à votre lecture cette note très (trop ?) synthétique.
Bonne lecture !

Les français et la vie politique : la défiance toujours en marche !

Le CEVIPOF et ses partenaires ont livré aujourd’hui la 9ème vague du baromètre de la confiance dans la vie politique. Etude annuelle toujours intéressante notamment parce qu’elle s’inscrit dans la durée.
Elle montre que cette confiance reste très largement plombée malgré les inflexions du printemps dernier ! Le journal “les Echos” qui la présente en exclusivité titre : “un léger effet Macron dans un océan de défiance”.
A noter que cette défiance atteint maintenant les institutions locales.
Du jamais vu, jusqu’à ce jour, la cote de confiance du maire dégringolant de 9 points en un an. Passant de 66 % à 55 %.
J’y reviendrai lorsque j’aurai pu lire et étudier l’intégralité de cette étude qui n’a pas encore été publiée.
En attendant, deux courtes interviews intéressantes de Bruno Cautrès et Luc Perrineau donnent la tendance :

NB : L’étude a été mise en ligne ce matin, 30 janvier sous ce lien

Conseils avisés de Françoise Giroud aux plumitifs… 

La trêve de fin d’année m’a donné l’occasion de me replonger dans l’excellent bouquin de Françoise Giroud “profession journaliste”. Il me plait de partager ces quelques lignes que j’aime beaucoup :

“L’écriture ne s’apprend pas, donc ne s’enseigne pas. C’est une disposition naturelle. Comme pour le piano, on a le don ou on ne l’a pas. Si on l’a, il faut travailler dur. Savoir qu’un adverbe est presque toujours superflu, un « qui » ou un « que » par phrase le maximum autorisé. Il faut écrire avec l’oreille, comme le faisait Flaubert, pour éviter les assonances et les hiatus. Respecter la musique personnelle de chacun, cette qualité si rare. J’avais édicté un certain nombre de règles simples.
Numéro 1 : inutile d’avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur vous a lâché à la quatrième.
Numéro 2 : si on peut couper 10 lignes dans un article sans enlever une idée, c’est qu’elles étaient en trop.
Numéro 3 : jamais de point d’interrogation dans un titre, cette vilaine manie de la presse française. Un journal est là pour répondre aux questions des lecteurs, non pour en poser.
Numéro 4 : par contre placer un verbe dans le titre, le renforce.
Numéro 5 : suivre le conseil de Paul Valéry : de deux mots, choisir le moindre. Et le moindre ne signifie pas le plus mou, le plus plat mais qui a… comment dire… la taille la plus fine.
Ne pas oublier que l’écriture est comme la danse, il ne faut jamais arrêter les exercices à la barre. Après une interruption un peu prolongée, la reprise est dure. (…)”

Ces conseils de la fondatrice de l’Express restent d’une grande pertinence.
A user sans modération, encore et toujours.