Baromètre de la confiance : entre morosité et pessimisme, une France de plus en plus désintégrée

Sans surprise, la douzième et dernière édition du baromètre de la confiance politique décrit des Français ressentant principalement de la lassitude (41 %, soit +13 % par rapport à 2019) et de la morosité (34 %, +12 % par rapport à 2019), sans négliger le sentiment peur qui atteint 14 %, soit 4 points de progression. Données qui ont évolué dans des proportions bien supérieures à celles que connaissent les Anglais et les Allemands. Comme le souligne Bruno Cautrès, politiste au CEVIPOF, “il y a le sentiment diffus d’une crise, sans fin dont on ne verrait jamais la sortie”. Corolaire, 58 % des Français jugent que le gouvernement ne gère pas “bien” la crise sanitaire, soit le plus haut pourcentage parmi ses voisins européens.

Mais de manière paradoxale, les résultats de cette dernière étude révélent une légère amélioration de la confiance des Français dans la politique à laquelle 49 % d’entre eux disent ne pas s’intéresser et 77% en avoir une vision négative. A noter aussi qu’elle inspire “méfiance” à 39 % et “dégoût” à 23 %. 65 % des Français estimant que leurs élus et dirigeants sont “plutôt corrompus”. Les considérant aussi à 80 % comme n’étant pas suffisamment proches des préoccupations des citoyens. Sombre tableau qui fait d’ailleurs de la France le pays le plus défiant de toute l’Europe à l’égard de la politique.

Dédain qui se confirme donc pour la politique mais contrebalancé, autre paradoxe, par un regain de confiance dans les institutions et les fonctions.

Il y a un effet covid. Tous ceux qui sont aux commandes sont rétribués en termes de confiance. Cela ne veut pas dire que leur action est validée, mais ils vont bénéficier d’un regain de confiance”, note Bruno Cautrès.

Cette succession de paradoxes révélant la problématique cruciale du rapport entre le discours politique et son efficacité dans la vie de tous les jours perçue par les citoyens. Cela à toutes les échelles de l’action publique.

Enfin, la revue des sujets sociétaux d’actualité livre des indications qui témoignent des fractures qui traversent la société et dont “les représentations semblent dépendre bien plus de variables culturelles et politiques que de variables sociales stricto sensu” comme l’analyse Luc Rouban, directeur de recherche CNRS.

A titre d’exemple de ces ruptures, voire d’une désintégration républicaine en marche les sentiments exprimés sur la question de l’unité nationale. Si 43 % des français considèrent la France comme une nation plutôt unie malgré ses différences, 53 % la vive comme un ensemble de communautés qui cohabitent les unes avec les autres. 4 % étant sans opinion.

Au final, une moisson d’indicateurs dont il faut se saisir pour orienter les messages que doit porter la communication de chaque institution pour conforter le “vivre ensemble” qui, au-delà des lignes de clivage traditionnelles, est plus que jamais à restaurer ou conforter.

Le baromètre de la confiance à consulter ici

Les jeunes et les réseaux sociaux     

Dernier volet de l’exploration des usages du numérique, un focus sur les pratiques des jeunes à partir d’une étude d’opinion menée par Diplomeo*.

Le premier enseignement est l’évolution constante et permanente des usages des réseaux sociaux par les 16-25 ans. Evolution très nettement liée à l’émergence de nouveaux réseaux sociaux et qui nécessite une segmentation très fine pour en mesurer l’impact selon l’âge. Car les 16-18 ans ont des usages très distincts des 20-25 ans.

Le second, c’est la désertion de Facebook par les jeunes dont 72 % des 16-18 ans ne l’utilisent plus. Manifestant de plus en plus d’intérêt pour les réseaux privilégiant le streaming vidéo comme Instagram, Snapchat et plus récemment Tiktok ou le dernier né, Twich.

97% des jeunes se connectent depuis leur smartphone et ne sont pas aussi “accros” aux réseaux sociaux qu’on pouvait le penser :

  • 48 % passent moins de 2 heures par jour
  • 38 % passent entre 3 h et 5 h par jour
  • 14 % passent plus de 5 heures

Sur la question des usages, ils déclarent se connecter :

  • A des fins ludiques : 85 %
  • Pour se renseigner et s’informer : 73 %
  • Pour travailler : 36 %
  • Pour d’autres raisons : 20 %

La majorité d’entre eux considérant dans des proportions diverses qu’ils peuvent se passer des réseaux sociaux.

* Auprès de 4682 répondants âgés de 16 à 25 ans entre décembre 2020 et janvier 2021

Usages numériques : des inégalités marquées (2)     

L’INSEE a publié le 23 février 2020 une étude sur le taux d’équipement des ménages en matériel électronique qui confirme et complète l’étude de l’ARCEP et du CSA que j’évoquais dans le post précédent.

“En 2019, 83 % des ménages possèdent un ordinateur et 96 % un téléphone portable. Les jeunes ont été les premiers à adopter ces nouveaux outils et services, mais les plus âgés s’en saisissent désormais. Ainsi, 82 % des 60-74 ans et 47 % des 75 ans ou plus ont un ordinateur en 2019, soit respectivement 8 et 15 points de plus en cinq ans”, lit-on.

Un haut niveau d’équipement qui marque le pas depuis 5 ans, sauf pour les personnes de plus de 75 ans qui continuent à s’équiper, caractérisé par de fortes inégalités qui ne se réduisent plus depuis 2010.

Si le téléphone portable est présent chez 95 des ménages français avec peu de différences selon le niveau de vie, il n’en va pas de même pour les ordinateurs et tablettes dont le taux d’équipement dépend largement du niveau de vie.

Ainsi seuls 56 % des ménages les plus modestes sont équipés d’un ordinateur portable contre 78 % pour les ménages les plus élevés. Pour la tablette, le taux d’équipement varie du simple au double. A noter enfin qu’un usager sur trois, manque de compétences numériques.

Autant d’indicateurs pertinents pour ajuster la communication de la collectivité qui si elle doit prendre le virage du numérique doit néanmoins maintenir les canaux classiques. Ces indicateurs montrent aussi la nécessité de lutter contre l’illectronisme à travers des initiatives que la collectivité ne doit pas manquer de prendre.

Usages numériques : quelles pratiques en 2020 ?            

L’étude qu’ont réalisée conjointement l’ARCEP et le CSA, les deux autorités de régulation dans le champ de la communication et de l’audiovisuel, établit un état des pratiques, en 2020, en matière de consultation de contenus et d’usages du numérique.

Elle confirme en les objectivant les tendances qu’on a observées sur le terrain dans les mois précédents la crise sanitaire. Aujourd’hui près de 9 Français sur 10 sont connectés à internet et en ont pour 78 % d’entre eux, un usage quotidien auquel il consacre en moyenne 2 h 26, avec des disparités selon l’âge des internautes.

À ce haut niveau de fréquentation, il n’est donc pas étonnant que la progression ait tendance marquer le pas. La part des réfractaires à internet, stable, représentant bon an, mal an, 12 % de la population. Il serait intéressant de disposer d’indicateurs pour en identifier les raisons.

Les évolutions, très nettes, se situent donc davantage dans les usages qui progressent quantitativement et se diversifient. Témoignant sous divers biais d’une maturité certaine acquise par les internautes dans leurs pratiques numériques.

Ainsi, le smartphone est devenu l’outil de prédilection pour se connecter (51 %) ce qui a pour effet de “booster” considérablement la consultation des services de messagerie, la recherche d’informations ou le suivi de l’actualité, la fréquentation des réseaux sociaux et les services de contenus vidéos. Sans négliger les pratiques d’achat en ligne qui sont elles aussi en progression constante. Conséquence directe, le trafic de données entrantes explose littéralement.

Signe des temps, le niveau d’équipement des Français en téléviseurs baisse de 2 %. Si cette lucarne reste le support privilégié pour le visionnage de contenus audiovisuels, en particulier des programmes en direct, elle est de plus en plus concurrencée par le smartphone, l’ordinateur ou la tablette, en particulier chez les plus jeunes. À noter également qu’avec 82 % de téléviseurs connectés, ils sont de plus en plus une porte d’accès à internet pour l’instant quasi exclusivement cantonnée au visionnage de programmes en replay, pratique la plus usitée.

Enfin, On regrette juste qu’au-delà de la mesure de l’impact, très net, pendant le confinement sur les usages audiovisuels (pic de +111 % de consultations de contenus d’actualité et d’informations ; hausse de 1 h 12 de temps de visionnage de programmes télévisées ; +45 % d’abonnements à des services de vidéos à la demande), aucun indicateur sur les pratiques internet ne soit encore disponible. Car, à n’en pas douter, la crise aura accéléré la transition !

Cette étude constitue un référentiel fournissant d’utiles indicateurs pour le pilotage de la communication d’une collectivité, notamment sur le champ du digital de plus en plus crucial.

Sous ce lien, vous pouvez consulter la synthèse de cette étude que j’ai réalisée.

La communication locale doit intégrer le temps long et hiératique de la crise sanitaire          

Plus nous approchons du terme de cette première “année Covid-19” et plus nous réalisons que nous sommes loin du bout ! Le vaccin arrive mais les mutants aussi…

Et, très naturellement on constate que l’opinion publique est habitée d’une cohorte de sentiments divers. Il y a ceux qui font preuve de résilience face à la situation. Ceux qui n’en peuvent plus pour des raisons très diverses : psychologiques, économiques, financières, sociales… Ceux pour qui le vaccin, solution finale signant la fin de la pandémie, sera une libération absolue. Ceux qui ne veulent subir le vaccin à aucun prix… Au-delà, dans cette diversité de réactions on perçoit assez nettement une acceptabilité qui s’émousse de plus en plus dans une réaction très humaine.

Parce qu’elle est écoutée et considérée, parce qu’elle est reconnue crédible (cf. baromètre de la communication locale – novembre 2020, voir ici un post précédent), la communication locale a un rôle majeur à jouer dans l’acceptabilité de la situation sanitaire et des mesures successives qui sont prises pour y faire face.

Or, si les collectivités ont été fortement et efficacement présentes lors du premier confinement, elles le sont beaucoup moins dans les épisodes suivants. Comme si après dix mois, la crise se banalisait et finissait par revêtir une certaine “normalité”. Peut-être aussi par retenue, crainte de lasser et souci de ne pas nourrir la part d’anxiété présente chez beaucoup. Sans doute également parce que dans le contexte, très mouvant, tout exercice de communication est délicat.

Quelle qu’en soit la raison, il me semble que cette forme de mise à distance de ce néanmoins omniprésent sujet est dommageable. Ne serait-ce que parce que cette crise induit ou accélère de nombreux changements, souvent positifs, voire bénéfiques, qu’il faut accompagner pour qu’ils s’ancrent durablement dans les bonnes nouvelles pratiques de vie quotidienne.

Mais aussi parce que de longue date on a mesuré que les citoyens ont investi l’échelon local d’un rôle protecteur.

De la déconstruction du discours public…

Sans m’instituer thuriféraire d’Emmanuel Macron, ce propos* du Président de la République m’est apparu intéressant dans la mesure où il décrypte l’un des mécanismes qui concourt à la démonétisation de la parole publique. Phénomène fortement accentué par les réseaux sociaux mais aussi et surtout par les médias d’information en continue et que l’on retrouve à des degrés divers et sous des formes variées dans toutes les sphères de pouvoir…

“Vous mentionnez les réseaux sociaux, mais il existe aussi une responsabilité médiatique.
C’est vous qui le dites. Mais, effectivement, on observe aujourd’hui un processus de déconstruction de tous les discours, qu’il s’agisse d’un discours politique, d’organi­sation ou de vérité. (…)
Vous voyez bien que le moindre discours, la moindre annonce, est suivi de plusieurs heures de commentaires. Cela, c’est précisément un processus de déconstruc­tion accélérée. A la fin de la soirée, ceux qui sont restés devant leur télévision se demandent Finalement, qu’est-ce qu’il a dit ? »
Vous voyez combien cette déconstruc­tion, qui peut être légitime, complexifie les choses. Une société, pour avancer, a besoin de commun, que des principes d’autorité politique, académique, scientifique existent. Et ce commun, parce qu’aussi l’es­pace public est de plus en plus fragmenté, est de plus en plus difficile à produire. Parce qu’il fait toujours l’objet de critiques, de controverses. Mais le commentaire ne peut être permanent, il faut revenir aux faits, à qui parle, sur quoi, avec quelle légi­timité et quelle responsabilité.
C’est crucial. Car le relativisme déli­tant tout, il nourrit la défiance et affai­blit, à la fin, la démocratie. Chacun doit donc prendre ses responsabilités pour changer cela.”

Une problématique à laquelle sont confrontés tous les communicants publics et qui doit faire l’objet d’une vigilance permanente autant que d’une gestion rigoureuse, voire économe, de la parole publique !

* Interview L’Express – 23 décembre 2020

La com locale poursuit sa mutation…  

La livraison, courant novembre 2020 du 6e baromètre de la communication locale* confirme et objective les tendances que l’on a pu observer sur le terrain, tout au long de ces derniers mois ou années.
En résumé, la communication locale est de plus en plus “multicanal”, suivant en cela l’évolution des usages et pratiques d’information par les citoyens qui recourent de plus en plus aux canaux digitaux qui confirment donc logiquement leur progression.
Cependant cette évolution très nette ne détrône pas encore les médias classiques au premier rang desquels la publication de la collectivité, en léger retrait, reste néanmoins très prisée des citoyens.
Plus surprenante est la progression du bouche à oreille, canal de diffusion majeur. Ce qui pose l’épineuse question de la maîtrise des informations véhiculées. Elle doit faire l’objet d’une vigilante et constante attention.
Concernant l’affichage, il convient de relativiser sa force qui est nettement corrélée à la densité du réseau, ce qui est l’apanage des grandes collectivités.
Enfin, les canaux digitaux se renforcent et se diversifient de plus en plus. La fréquentation du site internet de la collectivité plafonne. Victime de la montée en puissance des réseaux sociaux parmi lesquels Facebook caracole largement en tête.
Les français utilisant en moyenne 2,6 médias numériques pour s’informer sur l’actualité de leur collectivité.

Ces tendances, incontestablement durables, ayant été amplifiées par la crise sanitaire.

Bref, le digital qui s’est imposé est devenu incontournable. D’autant que d’autres études montrent que les seniors sont de plus en présents sur les réseaux sociaux (**).

Ce baromètre 2020 livre également deux données significatives sur les appréciations et attente des citoyens :

    • 60 % considèrent que les informations locales se complètent et donnent une vision claire et cohérente de l’action publique des différentes collectivités.
    • 91 % estiment qu’être informé par sa mairie en situation de crise est une priorité. Cette attente étant nettement plus forte que vis-à-vis de l’Etat.
    • 86 % espèrent voir se développer plus de dispositifs de participation citoyenne à l’échelle de leur commune. Un point qui méritera d’être explicité, sans doute dans un prochain post.

Autant d’indications très utiles pour bâtir la stratégie de communication de la collectivité pour le mandat en cours et définir l’allocation des moyens humains, techniques et budgétaires.

Un objectif de recherche d’efficacité et d’optimisation des moyens qui appelle une approche construite à partir des spécificité et paramètres locaux.

* Le baromètre de la communication locale est établi tous les deux ans. Il est réalisé par Epiceum et Harris interactive avec le soutien de La Poste, Cap Com et l’AMF.
Plus d’infos : www.barometrecomlocale.fr

** la catégorie des seniors est la population qui a le plus augmenté son utilisation des réseaux sociaux et sa consommation de vidéos en ligne, selon l’étude “Pratiques culturelles en temps de confinement” publiée par le DEPS, Département des études de la prospective et des statistiques du ministère de la culture

Parce qu’on est encore loin d’en avoir fini avec la crise sanitaire…

Au vu, de la litanie quotidienne des chiffres de l’épidémie, on se doutait bien depuis quelques jours que le Premier ministre ne porterait pas de bonnes nouvelles ! Nous sommes fixés.

Quoi qu’on pense du propos et des mesures annoncées, il faudra faire avec. Mais en même temps, on doit admettre qu’après neuf mois vécus entre restrictions et privations, l’acceptabilité des mesures est aujourd’hui très fortement amoindrie. Ce qui est un danger en soi.

Face à une parole de l’Etat largement “démonétisée” pour diverses raisons, il me semble que la parole des élus de proximité doit être claire, forte et mobilisatrice. C’est la condition pour que la séquence de Noël qui approche ne soit pas un piège qui se referme, se concluant par un troisième confinement…

C’est ce courage dont doivent aujourd’hui faire preuve les élus locaux. Les derniers à pouvoir porter une parole crédible…

Décidément 2020 n’aura pas été l’année où nous aurons eu tout ce que nous souhaitions, mais celle où nous avons du apprendre à apprécier ce que nous avions.
Message que la communication publique doit inlassablement porter.

Communicants publics à vos marques !

Journal ou magazine territorial : incontournable, mais…

En ce début de mandat, bien des équipes élues entendent revisiter la communication de leur collectivité et notamment faire évoluer le journal ou le magazine.
Sans doute une opportunité pour mieux inscrire ce support dans le dispositif global de communication en améliorant la dimension multicanal.
Dans cet article, je vous propose quelques réflexions et repères pour accompagner cette démarche.
Bonne lecture et… bonne presse !

Oser la participation citoyenne !

La participation est une demande citoyenne qui a été exprimée dans les récentes séquences sociales, notamment celle des “gilets jaunes”. Interpellant alors les élus locaux et laissant démunis beaucoup d’entre eux malgré leur bonne volonté, sincèrement affichée.

La question de la démocratie participative, revendication citoyenne, a aussi largement dominé le débat électoral des dernières élections municipales. Toutes tendances confondues, les équipes en lice se sont généralement positionnées et très souvent engagées à porter cette problématique sur la mandature 2020-2026.

Le sujet émerge aussi des résultats de ces élections municipales 2020, fortement impactées par une abstention record (± 60 %) qui a, de facto, fragilisé la légitimité des équipes municipales, généralement élues par moins de 25 % du corps électoral.

Abstention d’une ampleur jamais atteinte dont le Coronavirus est bien loin d’être la seule cause. Atteignant des sommets chez les moins de 35 ans et dans les quartiers populaires, elle a confirmé l’amplification du décrochage citoyen et la profondeur de l’affaiblissement de la démocratie. Continuer la lecture