Archives de l’auteur : Bruno Détrie

Identité visuelle : sécuriser le choix, un impératif !

Dans un jugement du 15 novembre dernier, le tribunal administratif de la Martinique a annulé une décision de l’ancien président du conseil exécutif de la collectivité territoriale dotant l’île d’un drapeau et d’un hymne afin qu’elle soit mieux identifiée.

En l’espèce le tribunal a considéré que cette décision prise sans que l’assemblée n’ait adopté une délibération méconnaissait les règles de compétences entre les différents organes de la collectivité (…)” et l’a de ce fait, jugée illégale.

Si ce jugement est une grande première, on ne peut exclure qu’il puisse constituer le maillon fondateur d’une jurisprudence qui soumettrait donc le choix de l’identité visuelle à l’approbation de l’organe délibératif de la collectivité.

Le choix d’une identité visuelle étant toujours un sujet sensible et parfois conflictuel, il paraît raisonnable, au regard de la possible émergence d’un nouveau cadre juridique, de le sécuriser en le soumettant à l’approbation de l’organe délibératif de la collectivité.

Ce qui au-delà de l’officialisation nécessaire aura aussi l’avantage de légitimer ce choix en lui conférant sens et force de la délibération. Ce qui n’est pas anodin. 

Numérique : de l’effet Covid…

Le très volumineux et très documenté “baromètre du numérique 2020” publié récemment sous l’égide de l’Arcep, livre une impressionnante batterie d’indicateurs sur les évolutions des équipements et des usages numériques soumis à l’épreuve du Covid en 2020.

Il pointe des évolutions qui ont été accélérées et amplifiées sous l’effet des confinements successifs* qui ont porté les Français à recourir davantage, et parfois autrement, aux technologies numériques.

Je présente ici une synthèse de ces 348 pages. Continuer la lecture

De l’efficacité des réseaux sociaux de plus en plus incontournables

S’il est un bel exemple de cette efficacité, c’est celui de Thomas Pesquet, l’astronaute, qui depuis l’ISS où il séjourne depuis la fin avril est très actif sur Facebook. Sa page qu’il alimente presque quotidiennement, notamment avec d’époustouflantes photos, connaît une impressionnantes audience : 2,5 millions d’abonnés !

Au-delà de la curiosité et même de la fascination du public pour l’espace, ce succès tient beaucoup à la ligne éditoriale que Thomas Pesquet a choisi autour d’une grille :

  • Sincère et lègère, voire humoristique en partageant dans la simplicité ce qu’il ressent, pense ou vit à 450 km au-dessus de nos têtes.
  • Valorisante à travers l’exploitation de photos de paysages terrestres ou de la station internationale d’un intérêt inédit.
  • Homogène et cohérente à travers un fil invariable qui constitue une véritable chronique.
  • Didactique et très facilement accessible.

En quelque sorte les clés fondamentales de la communication sur les réseaux sociaux.

Incontestablement ce prisme est efficace et sert l’image de l’Agence Spatiale Européenne et du CNES qui bénéficient indirectement de ce registre de communication initié par cet astronaute, communicant hors pair !

 

Copie d’écran de la page Facebook de Thomas Pesquet

Sur le plan de la vitalité démocratique, le résultat du premier tour de ces élections régionales et départementales est un naufrage ! Un naufrage annoncé par une lame de fond qui vient de loin, du fin fond d’une trentaine d’années, au moins…
Les causes de cette abstention sont multiples.

Un naufrage annoncé par une lame de fond qui vient de loin, du fin fond d’une trentaine d’années, au moins

Les causes de cette abstention sont multiples.

Certaines sont conjoncturelles

Ainsi en est-il du report de ces scrutins sur une date particulièrement mal choisie, tout juste au sortir du troisième confinement.

Cette option a de facto rendu quasi impossible toute campagne qui est pourtant une séquence essentielle de préparation du rendez-vous démocratique qui ne peut se résumer au simple dépôt de bulletins dans les urnes, le jour venu.

De même qui pouvait sérieusement ignorer que, renouant à peine avec un semblant de vie normale, les Français ne se passionneraient pas pour ces Élections ?

Au sortir du troisième confinement comment leur en vouloir d’avoir privilégié leur irrépressible envie de souffler, de prendre l’air, de se retrouver entre amis ou en famille et même de souhaiter la fête des pères.

Enfin, dernier paramètre conjoncturel, le regroupement des deux élections sur une même date aura très largement contribué à brouiller les pistes et rendues illisibles les compétences et enjeux propres à chaque collectivité.

Ces erreurs manifestes [2] du Gouvernement, la démocratie les paye cash et chères !

D’autres sont structurelles et très préoccupantes

Préoccupantes en ce qu’elles notifient une fois de plus, mais de manière encore plus massive, le rejet de la politique, tout au moins telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée et dans laquelle les Français manifestent silencieusement qu’ils ne s’y reconnaissent pas.

Le niveau de l’abstention témoigne aussi de l’inadéquation entre l’offre politique et la demande citoyenne qui est loin d’être exsangue. Ipsos a mesuré que 39 % des abstentionnistes ont considéré que « ces Élections ne changeront rien à ma vie quotidienne”. Un quart ayant déclaré bouder les urnes « pour manifester leur mécontentement à l’Égard des hommes politiques en général ».

Le fait est : de quoi a-t-on surtout parlé dans cette séquence électorale ? A un an de la présidentielle, essentiellement de jeux politiques et d’alliances baroques. Avec d’évidentes arrière-pensées, la plupart des leaders ayant par ailleurs surtout cherché à nationaliser le scrutin.

Alors on a beaucoup parlé de sécurité qui n’est pas une compétence des Régions ou des Départements ! Continuer la lecture

Régionales et départementales 2021 : vers un déni de démocratie ?   

Au terme d’une très improbable séquence dans laquelle l’improvisation semble avoir été de mise une fois de plus, le Premier ministre a donc annoncé le maintien des élections régionales et départementales au mois de juin tout en les décalant d’une semaine pour, soi disant, prendre en compte les réalités sanitaires. C’est juste pathétique !

De mon point de vue, sur l’échiquier politique, seul le MoDem a défendu haut et clair une position pertinente et cohérente, appelant à un report des élections à l’automne. Juste du bon sens !

La tenue de ces élections dans le contexte que nous connaissons m’apparaît comme double un déni : celui de la réalité de la situation sanitaire qui conduit à un déni de démocratie.
Après l’improbable épisode des élections municipales de 2020, les choix faits pour cette double élection montrent qu’elles ne sont plus qu’une question de sélection de candidats dans un processus démocratique réduit à sa plus simple expression à travers l’organisation d’un vote.

Il se confirme donc que dans l’esprit des pouvoirs publics, l’élection est considérée comme une simple opération technique de désignation d’élus et non comme un processus ayant vocation à incarner la démocratie avec des exigences fortes, rythmées en particulier par le débat d’idées, la confrontation des projets et l’échange avec les citoyens.

Toutes considérations qui auraient, a minima, du conduire à adapter le droit électoral, notamment dans les modalités de campagne et de vote (vote par correspondance, vote par anticipation…). Ce que de très nombreux pays, européens en particulier, qui ont maintenu leurs processus électoraux malgré la pandémie, ont mis en œuvre : Lituanie, Portugal, Espagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Norvège… Les quelques mesurettes annoncées n’y changeront strictement rien.

Dans un contexte de défiance envers “le” politique (institutions et élus), de baisse de la participation électorale, d’effacement des idées et projets, ces élections marquées par l’impossibilité de faire campagne, vont souffrir de sérieuses lacunes démocratiques qui entraîneront à nouveau une très forte abstention qui, n’en doutons pas, sera encore plus élevée que lors des dernières élections municipales ! Entamant aussi la légitimité des instances élues…

Tout cela aboutissant in fine à un nouvel affaiblissement de la démocratie auquel la communication, aussi pertinente soit-elle, ne pourra être d’aucun secours et pas même un soupçon d’antidote. Mais nul doute qu’elle aura bon dos !

Cookies internet : refuser doit être aussi facile que d’accepter         

À partir du 1er avril, tous les sites web français devront être conformes aux nouvelles règles édictées en matière cookies par l’article 5(3) de la directive “ePrivacy” 2002/58/CE modifiée en 2009 et à l’article 82 de la loi Informatique et Libertés qui transpose ces dispositions en droit français.

Les cookies sont des traceurs placés automatiquement dans le navigateur lors de la visite d’un site internet. Certains d’entre eux sont sont indispensables au bon fonctionnement d’un site internet et permettent de simplifier l’interaction site-utilisateur. D’autres, cookies de ciblage marketing, collectent des informations sur l’internaute dans l’objectif de lui adresser de la publicité personnalisée selon les goûts et les centres d’intérêts détectés au fil des navigations. La réglementation vise donc à encadrer cette deuxième catégorie de cookies dans le but d’assurer la protection des données personnelles de l’utilisateur.

Ainsi, l’internaute doit être clairement informé des objectifs de ces cookies et il doit être aussi facile pour lui de les refuser que de les accepter. A partir du 1er avril 2021, tout site doit impérativement et préalablement informer l’internaute de façon claire et synthétique de la nature des cookies. Continuer la lecture

Décrypter la demande de participation citoyenne

Avec ses imperfections, le documentaire “La République de Saillans” (*) diffusé récemment sur LCP pose un regard sur l’expérience de participation citoyenne initiée tout au long du mandat 2014-2020 dans une initiative de l’équipe municipale, aussi courageuse qu’imparfaite, pour redonner du sens à la vie politique de ce village de 1230 habitants planté au bord de la rivière Drôme. Il y est question de démocratie, de citoyenneté, de vote, d’intérêt privé et d’intelligence collective… A travers le point de vue des différents acteurs, il pointe leur fierté de s’être impliqués mais aussi les écueils, les contradictions et les limites de la participation citoyenne.

Si l’expérience qui a mobilisé très largement a fait naître beaucoup d’espoir, elle a aussi généré de la déception, de la lassitude, de l’agacement, des incompréhensions. Et même des frustrations si l’on se réfère aux paroles des habitants desquelles émergent beaucoup d’interrogations sur ce qu’est une “bonne” décision collective entre “consentement“, “consensus mou” et “compromis”.

Au final, les habitants livrent un bilan mitigé. A tel point que lors des dernières élections municipales l’équipe portant cette démarche n’a pas été reconduite, laissant la place à des opposants qui se sont empressés de revenir à une gouvernance académique et qui n’aura pas tardé dans un retour de balancier, comme souvent, à remettre le couvercle sur la marmite démocratique ! Quoi qu’on pense, à coup sûr, un documentaire à voir.

Sans aucun doute la crise sanitaire et son cortège de restrictions de contacts n’auront pas aidé à l’émergence de démarches de participation citoyenne qui était une demande forte exprimée dans les élections municipales de 2020 d’ailleurs assez nettement relayée par les listes en lice. Mais au-delà de ce constat d’évidence, reconnaissons qu’à de rares exceptions près, essentiellement ciblées sur les budgets participatifs, on ne perçoit pas un grand volontarisme des équipes municipales élues à initier des démarches participatives. Soit qu’elles considèrent que les conditions ne sont pas réunies, soit qu’elles sont mobilisées sur d’autres priorités, soit qu’elles se sentent démunies, soit enfin qu’elles en ont peur. Continuer la lecture

Commerce de proximité : le changement c’est maintenant !

Si nous sommes encore loin du bout de cette interminable crise sanitaire, nous savons déjà qu’elle a engendré des ruptures ou des évolutions de fond, notamment dans les modes de consommation.

Les deux confinements ont donné un formidable coup d’accélérateur au commerce en ligne dont il faut bien admettre qu’il a d’abord et surtout profité aux mastodontes (1). Pour autant, faut-il y voir la mort prochaine du commerce de proximité ?

Sans hésitation, NON !
Car toutes les études montrent que l’acte d’achat a profondément évolué en 20 ans. Acheter est de moins en moins un simple geste mercantile, choisir le produit, le payer et l’emporter. Et de plus en plus un acte qui concrétise, souvent de manière complexe, les nouvelles aspirations du consommateur qui cherche à donner du sens à son achat, notamment en faisant de la proximité, un critère de choix  central.

La grande distribution a d’ailleurs bien compris ces évolutions de fond auxquelles elle s’adapte à pas forcés. Ainsi, elle s’installe de plus en plus dans les cœurs de ville. De même considérant que sa croissance est désormais beaucoup tirée par le “bio”, les produits “sains” et locaux, elle a reconfiguré en conséquence son offre et ses linéaires.

Continuer la lecture

Baromètre de la confiance : entre morosité et pessimisme, une France de plus en plus désintégrée

Sans surprise, la douzième et dernière édition du baromètre de la confiance politique décrit des Français ressentant principalement de la lassitude (41 %, soit +13 % par rapport à 2019) et de la morosité (34 %, +12 % par rapport à 2019), sans négliger le sentiment peur qui atteint 14 %, soit 4 points de progression. Données qui ont évolué dans des proportions bien supérieures à celles que connaissent les Anglais et les Allemands. Comme le souligne Bruno Cautrès, politiste au CEVIPOF, “il y a le sentiment diffus d’une crise, sans fin dont on ne verrait jamais la sortie”. Corolaire, 58 % des Français jugent que le gouvernement ne gère pas “bien” la crise sanitaire, soit le plus haut pourcentage parmi ses voisins européens.

Mais de manière paradoxale, les résultats de cette dernière étude révélent une légère amélioration de la confiance des Français dans la politique à laquelle 49 % d’entre eux disent ne pas s’intéresser et 77% en avoir une vision négative. A noter aussi qu’elle inspire “méfiance” à 39 % et “dégoût” à 23 %. 65 % des Français estimant que leurs élus et dirigeants sont “plutôt corrompus”. Les considérant aussi à 80 % comme n’étant pas suffisamment proches des préoccupations des citoyens. Sombre tableau qui fait d’ailleurs de la France le pays le plus défiant de toute l’Europe à l’égard de la politique.

Dédain qui se confirme donc pour la politique mais contrebalancé, autre paradoxe, par un regain de confiance dans les institutions et les fonctions.

Il y a un effet covid. Tous ceux qui sont aux commandes sont rétribués en termes de confiance. Cela ne veut pas dire que leur action est validée, mais ils vont bénéficier d’un regain de confiance”, note Bruno Cautrès.

Cette succession de paradoxes révélant la problématique cruciale du rapport entre le discours politique et son efficacité dans la vie de tous les jours perçue par les citoyens. Cela à toutes les échelles de l’action publique.

Enfin, la revue des sujets sociétaux d’actualité livre des indications qui témoignent des fractures qui traversent la société et dont “les représentations semblent dépendre bien plus de variables culturelles et politiques que de variables sociales stricto sensu” comme l’analyse Luc Rouban, directeur de recherche CNRS.

A titre d’exemple de ces ruptures, voire d’une désintégration républicaine en marche les sentiments exprimés sur la question de l’unité nationale. Si 43 % des français considèrent la France comme une nation plutôt unie malgré ses différences, 53 % la vive comme un ensemble de communautés qui cohabitent les unes avec les autres. 4 % étant sans opinion.

Au final, une moisson d’indicateurs dont il faut se saisir pour orienter les messages que doit porter la communication de chaque institution pour conforter le “vivre ensemble” qui, au-delà des lignes de clivage traditionnelles, est plus que jamais à restaurer ou conforter.

Le baromètre de la confiance à consulter ici

Les jeunes et les réseaux sociaux     

Dernier volet de l’exploration des usages du numérique, un focus sur les pratiques des jeunes à partir d’une étude d’opinion menée par Diplomeo*.

Le premier enseignement est l’évolution constante et permanente des usages des réseaux sociaux par les 16-25 ans. Evolution très nettement liée à l’émergence de nouveaux réseaux sociaux et qui nécessite une segmentation très fine pour en mesurer l’impact selon l’âge. Car les 16-18 ans ont des usages très distincts des 20-25 ans.

Le second, c’est la désertion de Facebook par les jeunes dont 72 % des 16-18 ans ne l’utilisent plus. Manifestant de plus en plus d’intérêt pour les réseaux privilégiant le streaming vidéo comme Instagram, Snapchat et plus récemment Tiktok ou le dernier né, Twich.

97% des jeunes se connectent depuis leur smartphone et ne sont pas aussi “accros” aux réseaux sociaux qu’on pouvait le penser :

  • 48 % passent moins de 2 heures par jour
  • 38 % passent entre 3 h et 5 h par jour
  • 14 % passent plus de 5 heures

Sur la question des usages, ils déclarent se connecter :

  • A des fins ludiques : 85 %
  • Pour se renseigner et s’informer : 73 %
  • Pour travailler : 36 %
  • Pour d’autres raisons : 20 %

La majorité d’entre eux considérant dans des proportions diverses qu’ils peuvent se passer des réseaux sociaux.

* Auprès de 4682 répondants âgés de 16 à 25 ans entre décembre 2020 et janvier 2021