Vous avez dit participation ? (3)

3 – La participation pour régénérer la démocratie locale ?La participation des citoyens est-elle une voie pour régénérer la démocratie ? Nous examinerons cette question d’un double point de vue. En évoquant la crise de la démocratie et en portant un regard sur les profondes transformations à l’œuvre dans la société.

 3.1 : De la crise de la démocratie représentative
 Notre société est confrontée à une crise de la démocratie représentative dont le signe tangible est la nette progression de l’abstention dans toutes les élections. Abstention dont le taux varie beaucoup selon la sociologie des quartiers. Si elle ne remet pas en cause la légitimité de la représentativité de l’élu, l’abstention peut néanmoins, selon le niveau qu’elle atteint, écorner, affaiblir, sa légitimité à décider de l’intérêt général. Cette crise se double d’une forte défiance vis-à-vis du personnel politique qui conduit un nombre sans cesse plus important d’électeurs à faire le choix d’un vote très clairement protestataire.

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Notre système démocratique semble aujourd’hui butter sur un paradoxe. D’un côté, les citoyens donnent l’apparence de se désintéresser de la sphère politique. De l’autre, ils disent vouloir participer de plus près à l’élaboration des projets, voire mieux contrôler l’action publique. Ils expriment plusieurs attentes : un besoin d’information et de pédagogie mais aussi des garanties de transparence et d’efficacité. C’est ce dont témoigne une étude d’opinion réalisée par TNS pour la Commission nationale du débat public (CNDP) au printemps 2014, à l’occasion du colloque “le citoyen et la décision publique” organisé par cette institution.

Dans ce cadre, Jean-Paul Delevoye, président du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE)[1], explicitait la nature de cette crise : “la société ne souffre pas d’un excès de politique, mais d’un excès de politique politicienne. Les politiques n’apparaissent plus comme les porteurs d’un projet de société, mais comme les porteurs d’une stratégie de conquête du pouvoir. Ils n’ont pas compris que la légitimation du statut acquis au travers d’une élection ne leur donne plus le droit de décider pour tous et tout le temps. Ils ont, au contraire, le devoir d’associer à leur mission des citoyens qui ne veulent plus subir une décision dont ils n’ont pas compris l’importance ou les enjeux.”

3.2 : la révolution du rapport au savoir et à la connaissance
Enfin, cette aspiration à de nouvelles formes de démocratie résulte également de l’évolution en profondeur des comportements et savoirs liée à l’émergence des technologies numériques qui révolutionne la société de la connaissance comme l’a très bien montré Michel Serres, philosophe et historien des sciences, notamment dans son ouvrage “Petite Poucette”. “Nous disons que l’autorité est en crise parce que nous passons d’une société hiérarchique, verticale, à une société plus transversale, notamment grâce aux réseaux comme Internet. Tout ne coule plus du haut vers le bas, de celui qui sait vers l’ignorant. (…) Les puissants supposés qui s’adressaient à des imbéciles supposés sont en voie d’extinction. Une nouvelle démocratie du savoir est en marche Les relations parent-enfant, maître-élève, institution-citoyen… sont à reconstruire.” [2]. Et dans une conférence il insiste : “nous vivons dans des institutions qui sont nées à un moment ou le monde n’était pas ce qu’il est devenu.” [3]. Nous sommes passés d’un rapport aux savoirs dans lequel “la présomption d’incompétence” était la règle à un autre dans lequel prime “la présomption de compétence ou tout au moins d’information”. “Désormais, la seule autorité qui peut s’imposer est fondée sur la compétence. Si vous n’êtes pas investi de cette autorité-là, ce n’est pas la peine de devenir député, professeur, président, voire parent. Si vous n’êtes pas décidé à augmenter autrui, laissez toute autorité au vestiaire”, précise Michel Serres.

Ces mutations influent directement sur les modes de gouvernance et dans ce contexte, la démocratie participative peut être une réponse à l’émergence d’une société plus complexe, plus divisée et plus indocile. La concertation de la population devenant la solution pour éviter l’impasse de sociétés ingouvernables.

[1] Actes du colloque organisé par la CNDP les 16 et 17 juin 2014 : www.debatpublic.fr/sites/cndp.portail/files/documents/actes_colloque_final_29.09.14.pdf
Intégralité du propos : www.dailymotion.com/playlist/x38v7s_debatpublic_colloque-cndp-2014/1#video=x2034il
[2] Michel Serres – in Le Point – 21 septembre 2012
[3] Michel Serres – colloque Syntec “initiative pour une nouvelle croissance” – 18 octobre 2013 – www.syntec.fr

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