Thème : Regards

Version grand écran ou…

François Bayrou a choisi de la jouer sur le mode photo de cinéma ou pub pour un produit de beauté masculin…
Son visage éclairé d’une belle lumière occupe plus des trois quarts de la surface de l’affiche, révélant le moindre détail de ses traits. Les yeux plissés et taquins soulignent les rides, très sympas, qui les entourent juste comme il faut pour témoigner de la maturité et de l’expérience qui siéent à l’exercice de se porter candidat à la plus haute charge de la République. Le sourire généreux est franc, comme si la photo était prise sur le vif. Cela crée un indéniable sentiment de proximité. Comme s’il était au milieu de nous.
Et pour mieux souligner l’austérité des temps présents et les difficultés qui sont devant nous, cravate et veste sont noires. Le slogan manuscrit à la tonalité très volontaire achève de donner cette touche humaine.

Codes éternels !

L’affiche s’équilibre entre la photo et le message ouvertement constitué du nom de la formation politique et surtout du slogan particulièrement injonctif, l’ensemble reléguant le nom de Jean-Luc Mélenchon au second plan. Peut être parce que sa photo très présente et expressive suffit à l’identification du candidat qui bénéficie d’une bonne notoriété.
Jean-Luc Mélenchon exprime une attitude déterminée et jette un regard déterminé vers la gauche. Regard qui se situe légèrement au dessus de notre ligne de vision. Le rouge, omniprésent, contribue à donner toute sa force à l’affiche. C’est simple et puissant !
Subrepticement, cette puissance évoque quelque chose de déjà vu, peut-être inscrit dans notre inconscient… En cherchant un peu, on retrouve quelques références qui indiquent donc qu’on a franchi les époques avec une belle constance. A près d’un siècle d’intervalle, les deux affiches sont construites sur le même mode. Seuls les codes graphiques ont évolué pour s’adapter aux temps modernes… Saisissant non ?

Le diable est rentré dans sa boîte !

Conformément à sa stratégie politique, Marine Le Pen revisite en profondeur les codes graphiques auxquels le Front National nous a habitué jusqu’alors.
L’affiche révèle une candidate ultra photogénique qui n’a rien à voir avec le diable, rentré dans sa boîte (?), ou un quelconque autoritarisme. Le regard doux, avec juste ce qu’il faut de maternel est rehaussé par un sympathique petit sourire, un tantinet coquin, conférant une impression générale de douceur et de tendresse, d’attention portée à l’autre, suscitant complicité et même connivence certaine. Bien sûr, le pull est bleu… Marine !
Les convictions s’expriment avec puissance dans un slogan omniprésent, très simple mais qui dit tout… et surtout rien qui puisse heurter quiconque.

Mer calme !

Ne nous regardant pas, Nicolas Sarkozy se tourne vers l’avenir et indique le cap. Serein, il esquisse un sourire pincé et confiant, sa posture indiquant qu’il a pris de la hauteur par rapport à la ligne d’horizon qu’il domine largement. Pas le moindre signe de la légendaire hyperactivité !
Discrète mais bien visible quand même, la rosette de Grand Maître de l’Ordre de la Légion d’Honneur rappelle la stature de l’homme d’Etat. Il pose devant une très paisible mer d’huile qui aura fait jaser, certains ayant évoqué la mer Egée… en Grèce. Sans doute évoque-t-elle le calme après la tempête. Le soleil éclaire en douceur l’horizon. Mais se lève-t-il ou se couche-t-il ? Réponse le 6 mai prochain !
Aucune référence à une quelconque appartenance politique qui est toutefois fortement suggérée par la tonalité bleue qui domine l’affiche, sans doute en référence aux couleurs de l’UMP. La notoriété est telle qu’il est inutile de rappeler que le patronyme est très discrètement rappelé en bas de l’affiche.
Le slogan très sobre, emprunté à Giscard (élection présidentielle de 1981) se dessine en lettres capitales dans une typographie aux lignes épurées et moderne.
Tout est paisible, clair et invite à poursuivre le cap en confirmant le commandant à la barre…

En 2012… Rien de bien nouveau !

Est-ce un signe des temps ?
En matière d’affiche, la séquence électorale qui vient de s’achever aura donc été d’un très grand classicisme. Qu’on en juge, par ordre d’entrée – ou de sortie – des principaux candidats…

François Hollande nous a livré une affiche plutôt froide. Dans une attitude grave, presque austère et une pose très institutionnelle, raide et statique, son regard fixe, un peu figé même, sur l’objectif est très peu expressif.
Le cadrage est très serré. Le décor de fond estompé, livre un paysage très banal de campagne (Corrézienne ?) qui ne sert à rien sauf à faire ressortir par constraste le grand sérieux du candidat. Le slogan enserré entre deux traits épais est décliné en lettres capitales, code graphique peu usité aujourd’hui. Dans une surprenante hiérarchisation du texte, l’accent est mis sur le mot “maintenant”, plutôt que sur celui de « changement” !
“je suis carré, je suis sérieux”, tel est le message que l’ensemble exprime.
Si la solennité est au rendez-vous, la volonté de changement ne se traduit pas dans la composition de l’affiche. Bref, des codes de communication qui, d’évidence, cherchent à rassurer.
La force tranquille sans la proclamer ouvertement ?

Ça l’affiche… Comment ?

Un vieux proverbe chinois, dit : “une image vaut mieux que mille mots”. 
Dans ce moment de campagnes électorales, cette sagesse populaire m’a incité à poser mon regard sur l’affiche politique. Même si elle a aujourd’hui perdu beaucoup de  son impact, elle demeure, chargée de symboles, de sens et… d’Histoire, avec un grand “H”, bien sûr. 

Acte I : 1965
C’était il y a 47 ans… les premières élections présidentielles au suffrage universelle de la V° République…


Pour François Mitterrand dont c’est la première candidature, la France moderne sera une France “industrieuse” et agricole avec ce pylône qui suggère la puissance bienfaitrice de l’énergie électrique, planté au milieu d’un vaste champ méticuleusement labouré.
A l’arrière plan, au-delà d’un rideau d’arbres qui dessine une frontière entre campagne et ville, une très haute cheminée, vu la distance qui sépare les différents plans, fume…
La France est toute entière ardemment mobilisée à sa modernisation et au progrès…
Côté message, un slogan, qui plus tard fera florès, apparaît discrètement : “prenez en mains votre avenir”.
Fondateur de la V° République en 1958, révisée par référendum en 1962 pour instituer l’élection au suffrage universel direct, le président sortant choisit un registre très… Gaullien.
La célèbre silhouette du Général se détache sur l’immense drapeau tricolore de la patrie tandis que les mains du peuple se tendent ostensiblement vers lui, l’exhortant à poursuivre sa présidentielle mission en lui faisant confiance…
Acte II : 1974
Elu en 1969 après la démission de Charles de Gaulle, Georges Pompidou décède le 2 avril 1974, événement qui précipite l’élection présidentielle.
9 ans plus tard, Valéry Giscard d’Estaing bouscule largement tous les codes de l’affiche électorale en se montrant avec sa fille.
Ah qu’il est rassurant ce regard protecteur et complice de ce jeune père sur Jacinthe !
Une campagne également soutenue par un slogan très mobilisateur.Souvenez-vous du fameux “Giscard à la barre”…
La France se décoince !
Acte III : 1981
Au terme d’un duel serré, François Mitterrand est élu après deux tentatives infructueuses en 1965 et 1974. Trois affiches, trois styles très différents…

Giscard renoue avec les standards industrieux mais revisités façon “hightech”. L’affiche joue subtilement avec les trois couleurs de l’étendard national, dévoilant le visage bronzé d’un président moderne…
Côté message, rien de transcendant mais…, tiens, tiens, 38 ans plus tard, le voilà de retour !
Chirac mise sur sur un slogan cruel qui occupe près de la moitié de l’affiche et en dit dit long sur ses intentions politiques ! Mais il devra patienter 14 ans avant d’entrer à l’Elysée !
Quant à François Mitterrand, son affiche a surpris, dérouté, fait parler… Bref elle n’a laissé personne indifférent !
L’étonnant visuel renvoie à la sérénité absolue et à la France éternelle…
Côté technique, l’apparition des logiciels de retouche d’images ont permis de raccourcir le clocher pour ne choquer personne…
Sobre et puissant, le slogan fera mouche !
31 ans après, il n’est pas tombé dans l’oubli…
Une œuvre magistrale signée… Jacques Séguéla qui n’était pas encore tombé dans le “bling bling” des Rolex sans lesquelles on a raté sa vie…
Acte IV : 1988
François Mitterrand rejoue sa réélection que les urnes confirment.
Il ose et joue du “teasing” avec cette affiche qui aura tout autant marqué les esprits que celle de 1981 !
Aucun slogan, tout est dit dans le patronyme. Sobriété absolue…
Acte V : 1995
François Mitterrand achève son second septennat.
Pour sa troisième et décisive candidature, Jacques Chirac la joue en une série d’affiches déclinées de manière intimiste, sobre et “cool”.
C’était il y a 17 ans déjà et souvenez-vous qu’il fut alors beaucoup question de fracture sociale et… de pommes !
D’ailleurs d’où sortait cette métaphore des pommes ? On ne sait plus très bien aujourd’hui.

Et en 2012, quoi de neuf ?
A suivre…