Archives de catégorie : Point de vue

Sur le plan de la vitalité démocratique, le résultat du premier tour de ces élections régionales et départementales est un naufrage ! Un naufrage annoncé par une lame de fond qui vient de loin, du fin fond d’une trentaine d’années, au moins…
Les causes de cette abstention sont multiples.

Un naufrage annoncé par une lame de fond qui vient de loin, du fin fond d’une trentaine d’années, au moins

Les causes de cette abstention sont multiples.

Certaines sont conjoncturelles

Ainsi en est-il du report de ces scrutins sur une date particulièrement mal choisie, tout juste au sortir du troisième confinement.

Cette option a de facto rendu quasi impossible toute campagne qui est pourtant une séquence essentielle de préparation du rendez-vous démocratique qui ne peut se résumer au simple dépôt de bulletins dans les urnes, le jour venu.

De même qui pouvait sérieusement ignorer que, renouant à peine avec un semblant de vie normale, les Français ne se passionneraient pas pour ces Élections ?

Au sortir du troisième confinement comment leur en vouloir d’avoir privilégié leur irrépressible envie de souffler, de prendre l’air, de se retrouver entre amis ou en famille et même de souhaiter la fête des pères.

Enfin, dernier paramètre conjoncturel, le regroupement des deux élections sur une même date aura très largement contribué à brouiller les pistes et rendues illisibles les compétences et enjeux propres à chaque collectivité.

Ces erreurs manifestes [2] du Gouvernement, la démocratie les paye cash et chères !

D’autres sont structurelles et très préoccupantes

Préoccupantes en ce qu’elles notifient une fois de plus, mais de manière encore plus massive, le rejet de la politique, tout au moins telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée et dans laquelle les Français manifestent silencieusement qu’ils ne s’y reconnaissent pas.

Le niveau de l’abstention témoigne aussi de l’inadéquation entre l’offre politique et la demande citoyenne qui est loin d’être exsangue. Ipsos a mesuré que 39 % des abstentionnistes ont considéré que « ces Élections ne changeront rien à ma vie quotidienne”. Un quart ayant déclaré bouder les urnes « pour manifester leur mécontentement à l’Égard des hommes politiques en général ».

Le fait est : de quoi a-t-on surtout parlé dans cette séquence électorale ? A un an de la présidentielle, essentiellement de jeux politiques et d’alliances baroques. Avec d’évidentes arrière-pensées, la plupart des leaders ayant par ailleurs surtout cherché à nationaliser le scrutin.

Alors on a beaucoup parlé de sécurité qui n’est pas une compétence des Régions ou des Départements ! Continuer la lecture

Régionales et départementales 2021 : vers un déni de démocratie ?   

Au terme d’une très improbable séquence dans laquelle l’improvisation semble avoir été de mise une fois de plus, le Premier ministre a donc annoncé le maintien des élections régionales et départementales au mois de juin tout en les décalant d’une semaine pour, soi disant, prendre en compte les réalités sanitaires. C’est juste pathétique !

De mon point de vue, sur l’échiquier politique, seul le MoDem a défendu haut et clair une position pertinente et cohérente, appelant à un report des élections à l’automne. Juste du bon sens !

La tenue de ces élections dans le contexte que nous connaissons m’apparaît comme double un déni : celui de la réalité de la situation sanitaire qui conduit à un déni de démocratie.
Après l’improbable épisode des élections municipales de 2020, les choix faits pour cette double élection montrent qu’elles ne sont plus qu’une question de sélection de candidats dans un processus démocratique réduit à sa plus simple expression à travers l’organisation d’un vote.

Il se confirme donc que dans l’esprit des pouvoirs publics, l’élection est considérée comme une simple opération technique de désignation d’élus et non comme un processus ayant vocation à incarner la démocratie avec des exigences fortes, rythmées en particulier par le débat d’idées, la confrontation des projets et l’échange avec les citoyens.

Toutes considérations qui auraient, a minima, du conduire à adapter le droit électoral, notamment dans les modalités de campagne et de vote (vote par correspondance, vote par anticipation…). Ce que de très nombreux pays, européens en particulier, qui ont maintenu leurs processus électoraux malgré la pandémie, ont mis en œuvre : Lituanie, Portugal, Espagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Norvège… Les quelques mesurettes annoncées n’y changeront strictement rien.

Dans un contexte de défiance envers “le” politique (institutions et élus), de baisse de la participation électorale, d’effacement des idées et projets, ces élections marquées par l’impossibilité de faire campagne, vont souffrir de sérieuses lacunes démocratiques qui entraîneront à nouveau une très forte abstention qui, n’en doutons pas, sera encore plus élevée que lors des dernières élections municipales ! Entamant aussi la légitimité des instances élues…

Tout cela aboutissant in fine à un nouvel affaiblissement de la démocratie auquel la communication, aussi pertinente soit-elle, ne pourra être d’aucun secours et pas même un soupçon d’antidote. Mais nul doute qu’elle aura bon dos !

Décrypter la demande de participation citoyenne

Avec ses imperfections, le documentaire “La République de Saillans” (*) diffusé récemment sur LCP pose un regard sur l’expérience de participation citoyenne initiée tout au long du mandat 2014-2020 dans une initiative de l’équipe municipale, aussi courageuse qu’imparfaite, pour redonner du sens à la vie politique de ce village de 1230 habitants planté au bord de la rivière Drôme. Il y est question de démocratie, de citoyenneté, de vote, d’intérêt privé et d’intelligence collective… A travers le point de vue des différents acteurs, il pointe leur fierté de s’être impliqués mais aussi les écueils, les contradictions et les limites de la participation citoyenne.

Si l’expérience qui a mobilisé très largement a fait naître beaucoup d’espoir, elle a aussi généré de la déception, de la lassitude, de l’agacement, des incompréhensions. Et même des frustrations si l’on se réfère aux paroles des habitants desquelles émergent beaucoup d’interrogations sur ce qu’est une “bonne” décision collective entre “consentement“, “consensus mou” et “compromis”.

Au final, les habitants livrent un bilan mitigé. A tel point que lors des dernières élections municipales l’équipe portant cette démarche n’a pas été reconduite, laissant la place à des opposants qui se sont empressés de revenir à une gouvernance académique et qui n’aura pas tardé dans un retour de balancier, comme souvent, à remettre le couvercle sur la marmite démocratique ! Quoi qu’on pense, à coup sûr, un documentaire à voir.

Sans aucun doute la crise sanitaire et son cortège de restrictions de contacts n’auront pas aidé à l’émergence de démarches de participation citoyenne qui était une demande forte exprimée dans les élections municipales de 2020 d’ailleurs assez nettement relayée par les listes en lice. Mais au-delà de ce constat d’évidence, reconnaissons qu’à de rares exceptions près, essentiellement ciblées sur les budgets participatifs, on ne perçoit pas un grand volontarisme des équipes municipales élues à initier des démarches participatives. Soit qu’elles considèrent que les conditions ne sont pas réunies, soit qu’elles sont mobilisées sur d’autres priorités, soit qu’elles se sentent démunies, soit enfin qu’elles en ont peur. Continuer la lecture

Commerce de proximité : le changement c’est maintenant !

Si nous sommes encore loin du bout de cette interminable crise sanitaire, nous savons déjà qu’elle a engendré des ruptures ou des évolutions de fond, notamment dans les modes de consommation.

Les deux confinements ont donné un formidable coup d’accélérateur au commerce en ligne dont il faut bien admettre qu’il a d’abord et surtout profité aux mastodontes (1). Pour autant, faut-il y voir la mort prochaine du commerce de proximité ?

Sans hésitation, NON !
Car toutes les études montrent que l’acte d’achat a profondément évolué en 20 ans. Acheter est de moins en moins un simple geste mercantile, choisir le produit, le payer et l’emporter. Et de plus en plus un acte qui concrétise, souvent de manière complexe, les nouvelles aspirations du consommateur qui cherche à donner du sens à son achat, notamment en faisant de la proximité, un critère de choix  central.

La grande distribution a d’ailleurs bien compris ces évolutions de fond auxquelles elle s’adapte à pas forcés. Ainsi, elle s’installe de plus en plus dans les cœurs de ville. De même considérant que sa croissance est désormais beaucoup tirée par le “bio”, les produits “sains” et locaux, elle a reconfiguré en conséquence son offre et ses linéaires.

Continuer la lecture

La communication locale doit intégrer le temps long et hiératique de la crise sanitaire          

Plus nous approchons du terme de cette première “année Covid-19” et plus nous réalisons que nous sommes loin du bout ! Le vaccin arrive mais les mutants aussi…

Et, très naturellement on constate que l’opinion publique est habitée d’une cohorte de sentiments divers. Il y a ceux qui font preuve de résilience face à la situation. Ceux qui n’en peuvent plus pour des raisons très diverses : psychologiques, économiques, financières, sociales… Ceux pour qui le vaccin, solution finale signant la fin de la pandémie, sera une libération absolue. Ceux qui ne veulent subir le vaccin à aucun prix… Au-delà, dans cette diversité de réactions on perçoit assez nettement une acceptabilité qui s’émousse de plus en plus dans une réaction très humaine.

Parce qu’elle est écoutée et considérée, parce qu’elle est reconnue crédible (cf. baromètre de la communication locale – novembre 2020, voir ici un post précédent), la communication locale a un rôle majeur à jouer dans l’acceptabilité de la situation sanitaire et des mesures successives qui sont prises pour y faire face.

Or, si les collectivités ont été fortement et efficacement présentes lors du premier confinement, elles le sont beaucoup moins dans les épisodes suivants. Comme si après dix mois, la crise se banalisait et finissait par revêtir une certaine “normalité”. Peut-être aussi par retenue, crainte de lasser et souci de ne pas nourrir la part d’anxiété présente chez beaucoup. Sans doute également parce que dans le contexte, très mouvant, tout exercice de communication est délicat.

Quelle qu’en soit la raison, il me semble que cette forme de mise à distance de ce néanmoins omniprésent sujet est dommageable. Ne serait-ce que parce que cette crise induit ou accélère de nombreux changements, souvent positifs, voire bénéfiques, qu’il faut accompagner pour qu’ils s’ancrent durablement dans les bonnes nouvelles pratiques de vie quotidienne.

Mais aussi parce que de longue date on a mesuré que les citoyens ont investi l’échelon local d’un rôle protecteur.

Parce qu’on est encore loin d’en avoir fini avec la crise sanitaire…

Au vu, de la litanie quotidienne des chiffres de l’épidémie, on se doutait bien depuis quelques jours que le Premier ministre ne porterait pas de bonnes nouvelles ! Nous sommes fixés.

Quoi qu’on pense du propos et des mesures annoncées, il faudra faire avec. Mais en même temps, on doit admettre qu’après neuf mois vécus entre restrictions et privations, l’acceptabilité des mesures est aujourd’hui très fortement amoindrie. Ce qui est un danger en soi.

Face à une parole de l’Etat largement “démonétisée” pour diverses raisons, il me semble que la parole des élus de proximité doit être claire, forte et mobilisatrice. C’est la condition pour que la séquence de Noël qui approche ne soit pas un piège qui se referme, se concluant par un troisième confinement…

C’est ce courage dont doivent aujourd’hui faire preuve les élus locaux. Les derniers à pouvoir porter une parole crédible…

Décidément 2020 n’aura pas été l’année où nous aurons eu tout ce que nous souhaitions, mais celle où nous avons du apprendre à apprécier ce que nous avions.
Message que la communication publique doit inlassablement porter.

Communicants publics à vos marques !

Journal ou magazine territorial : incontournable, mais…

En ce début de mandat, bien des équipes élues entendent revisiter la communication de leur collectivité et notamment faire évoluer le journal ou le magazine.
Sans doute une opportunité pour mieux inscrire ce support dans le dispositif global de communication en améliorant la dimension multicanal.
Dans cet article, je vous propose quelques réflexions et repères pour accompagner cette démarche.
Bonne lecture et… bonne presse !

Municipales 2020 : bien laborieuses !

Nous voici à un mois de l’échéance. Et pour accompagner de près ou de loin nombre d’équipes, je fais 4 constats.
Premier constat, elles semblent très loin de passionner les citoyens qui semblent les considérer avec autant d’intérêt que les vaches regardent passer les trains.
Deuxième constat, rarement élections municipales ne se sont déroulées dans un tel contexte d’émiettement et de profusion de l’offre politique. C’est la conséquence de la décomposition politique. Corolaire, aucune liste, aucune, ne se prévaut d’une étiquette politique. En 2020, toutes les listes sont “citoyennes” ! Concept qui ne veut pas dire grand chose en soi…
Troisième constat, les listes peinent, à quelques rares et notables expressions près, à formuler une vision et un projet cohérent. Ah, c’est sûr, l’ombre ou les stigmates des “gilets jaunes” planant, on a jamais fait autant que dans l’incantation du “participatif” égrainé à toutes les sauces…
Quatrième constat, les listes en lice peinent sérieusement à appréhender le maelstrom qui a sévi au cours du mandat qui s’achève et qui aura profondément redistribué les cartes… Aussi je leur recommande de lire la très intéressante étude publiée récemment sous l’égide de la Fondation Jean Jaurès qui, c’est son titre, invite à s’interroger sur la question: “à quoi servent les élus locaux après les “gilets jaunes”.
J’en conclus donc que notre démocratie est bien mal en point et que rien n’est moins sûr que quel que soit le champ de l’échiquier politique, ces élections amèneront ce renouveau qui semble pourtant indispensable.
Oui, c’est inquiétant et… déprimant !
Ce qui ne m’empêche pas de souhaiter bonne chance à tous les candidats en les incitant plus que jamais à sortir des sentiers battus…

Défiances !

Les inquiétudes qui se manifestent et les débats qui ont surgi après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen le 26 septembre dernier, probablement l’accident le plus sérieux depuis l’explosion de l’usine AZF en 2001 à Toulouse, sont tout à fait symptomatiques du niveau de défiance des habitants concernés et plus largement des citoyens envers les élus et les pouvoirs publics.

On ne peut que constater que la parole publique ne passe pas !
Continuer la lecture

D’un automne “gilets jaunes” au printemps des municipales de 2020…

Mon propos n’est pas d’analyser les causes et ressorts du mouvement des “gilets jaunes”, très hétérogène dans ses expressions et revendications. Mais plutôt d’esquisser quelques pistes de réflexions autour du malaise démocratique et de le mettre en perspective avec les prochaines élections municipales de mars 2020 sur lesquelles il pèsera à coup sûr.

Quoi qu’on en pense, on admettra que ce mouvement s’est joué sur fond de révolte populiste, se nourrissant du rejet des inégalités que produit un système social mais aussi de celui des élites et des politiques qu’elles mettent en œuvre, vécues comme déconnectées des réalités “d’en bas”.

Dans ce contexte, les ronds-points sont aussi devenus une agora où s’est nettement faite entendre une aspiration à davantage de démocratie et même exprimée, dans toutes ses ambiguïtés, la revendication d’une démocratie directe.

Mais là, rien de vraiment nouveau car cette insatisfaction profonde vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie s’était déjà fortement exprimée dans les élections de 2017, présidentielle et législatives, concrétisée par l’abstention et le “dégagisme” que l’on a alors constaté.

18 mois plus tard, la revendication s’est faite plus forte. Sans doute parce qu’au-delà des discours, aucun signe de changement ne s’est encore concrétisé dans l’exercice des pratiques démocratiques. Mais aussi parce que le Président de la République a fait le choix d’une gouvernance politique fondée sur une verticalité absolue. Ce qui aura eu pour effet, néfaste me semble-t-il, de court-circuiter les corps intermédiaires. Lesquels ont, en démocratie, une fonction essentielle de médiation, notamment.

Choix de la verticalité d’autant plus inopérant qu’il n’est absolument plus en phase avec les réalités d’une société de plus en plus caractérisée par un fonctionnement dans l’horizontalité absolue compte tenu notamment de la place prépondérante des réseaux sociaux dans la communication, pour le meilleur et le pire. On vient de mesurer leur rôle et leur impact dans le mouvement des gilets jaunes.

A 15 mois des municipales de 2020, il semblerait bien hasardeux de ne pas tenir compte de ces considérations et de les balayer au motif qu’elles n’auraient visé que le pouvoir d’Etat. Cela pour au moins deux raisons.

D’abord parce que ces revendications sont nées et se sont exprimées sur les territoires et qu’une partie d’entre elles englobent les pouvoirs locaux qui détiennent une part des réponses en termes d’offres de services publics de proximité mais aussi de lutte contre les inégalités.

Ensuite parce que l’on ne doit pas ignorer que le degré de confiance dans les institutions locales et les élus locaux, dont le conseil municipal et le maire, s’est considérablement dégradé ces dernières années. Mesuré chaque année depuis 2009 par le CEVIPOF, le baromètre de la confiance politique traduit une très nette et soudaine détérioration :

Le niveau de confiance dans l’institution “conseil municipal” qui atteignait 66 % en 2009 s’établit à 53 % en 2017, en recul de 11 points par rapport à 2016. 

Le niveau de confiance dans la fonction de maire décroche de 9 points entre les années 2016 et 2017 pour s’établir à 55 % contre 64 % un an plus tôt.

Paramètres factuels qui interpellent tant ils montrent que la crise de la démocratie a aussi des racines locales. On peut donc raisonnablement envisager que les questions relatives à la démocratie et à la gouvernance locales seront au cœur des prochaines élections municipales. Qu’ainsi, les candidats seraient bien avisés de ne pas se satisfaire de mesures cosmétiques ou gadgets dont les programmes de mandature regorgent traditionnellement !  

Central, l’enjeu de la revitalisation démocratique appelle donc une réécriture complète du logiciel de la gouvernance locale. Ce qui nécessite temps, investissement et méthode rigoureuse.

De ce point de vue, même si on n’en connait pas encore les thématiques et les modalités, même si l’on peut douter sur son issue, l’ouverture prochaine du débat national annoncé par le Président de la République est une chance que les élus locaux doivent absolument saisir. 

A eux donc de s’y impliquer avec volontarisme en sachant y puiser tous les ingrédients utiles pour régénérer la démocratie locale qui en a grand besoin…

Beau challenge !