Je viens d’achever de rédiger le dossier du prochain numéro du journal du Parc naturel de Chartreuse qui est consacré aux bénévoles qui concourent, de manière irremplaçable, à animer vie de ce territoire. L’occasion pour moi de me documenter sur cette question de l’engagement bénévole et de problématiser le sujet de cet article à travers les lignes suivantes.

Souvent, on entend dire que l’engagement bénévole recule. C’est inexact. Plusieurs études concordantes estiment à près de 13 millions, le nombre de Français engagés dans une association. Et à 40 %, soit largement plus d’un Français sur trois, la proportion de ceux qui consacrent, chaque année à titre bénévole, un peu de leur temps à d’autres ou à une cause[1]. Indicateurs qui témoignent d’une progression régulière de cette forme d’engagement citoyen, tordant au passage le cou à l’idée très répandue selon laquelle notre société connaîtrait une crise du bénévolat liée à la montée de l’individualisme et au repli sur soi. Et, autre enseignement, ce sont les jeunes qui s’engagent le plus volontiers. Enfin, il est plus affirmé dans l’espace rural.

En revanche, il apparaît que le bénévolat a beaucoup évolué ces dernières années dans ses formes et modalités. Aujourd’hui de plus en plus rares sont les “militants”, c’est-à-dire ceux qui s’engagent inconditionnellement sur une très longue durée. L’engagement prend de nouvelles formes. Très largement ponctuel, il s’est beaucoup diversifié. À présent, les motivations à s’engager oscillent nettement entre intérêt et liberté individuels et besoin d’une action collective. En un sens, en quelques décennies on est passé d’une logique d’engagement militant à celle d’épanouissement personnel. Succédant au militant dévoué à une cause globale, prêt à assumer n’importe quel rôle, le bénévole ou le volontaire d’aujourd’hui aspire à pouvoir s’exprimer, s’y tester, y faire des rencontres conviviales et bénéficier d’un retour sur l’investissement humain consenti . Ainsi, les leviers de l’engagement sont à la croisée de deux chemins. Celui de la volonté d’œuvrer pour la collectivité croisant celui de la recherche d’un enrichissement personnel. L’association offrant au bénévole un cadre à l’action personnelle et une source de plaisir en échange de sa disponibilité, de son expérience ou des compétences qu’il lui apporte.

Au fil des dernières décennies, l’évolution de la société et des modes de vie ont donc induit un glissement de l’engagement militant, initialement fondé sur l’adhésion, à une logique d’épanouissement personnel. En l’espace d’une génération, la nature du bénévolat semble donc avoir profondément changé. Le sens du “devoir”, l’altruisme se sont quelque peu estompés devant le besoin de “réalisation de soi” dans laquelle la notion de plaisir est devenue déterminante. L’engagement bénévole étant aujourd’hui reconnu comme l’une des voies sûres permettant de conjuguer prise de responsabilité, relation sociale et citoyenneté.

Passant du “vivre ensemble” au “libre ensemble”, le bénévolat est entré dans un nouvel âge.

[1]Enquête IFOP pour France Bénévolat – 2013

Catégories : Regards

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